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QUESTION D'ACTU

Obésité infantile

Les antibiotiques avant six mois augmentent le risque de surpoids

Selon une étude menée sur 11 500 enfants, donner des antibiotiques pendant les 6 premiers mois d'un nouveau-né peut entraîner un léger surpoids à 3 ans. Mais cet écart reste en majorité passager.

Les antibiotiques avant six mois augmentent le risque de surpoids SUPERSTOCK/SIPA




Un traitement antibiotique chez des nouveaux-nés, entre 0 et 6 mois, augmentent leur risque, 22%, d’avoir un indice de masse corporel plus élevé à l’âge de 3 ans que les autres, et cela indépendamment de leur régime alimentaire, de leur activité physique et de l’hérédité. Ce résultat est issu d’une étude (International Journal of Obesity),  menée par des chercheurs de la faculté de médecine de New-York.
Leonardo Trasande, professeur de pédiatrie, et Jan Blustein, épidémiologiste et professeur de santé publique, se sont penchés sur les dossiers santé de 11 500 enfants britanniques, nés entre 1991 et 92. Et à partir de leurs données, ils ont constaté que l’exposition à un traitement antibiotique pendant les six premiers de la vie était associée à une plus forte augmentation de l’indice de masse corporelle des enfants entre 10 et 38 mois. « Nous considérons l’obésité comme une épidémie causée notamment par une mauvaise alimentation et un manque d’exercice, mais ces résultats montrent que c‘est plus compliqué, a expliqué Leonardo Trasande. Les bactéries dans notre intestin pourraient jouer un rôle important sur nos mécanismes d’absorption des calories.  L’exposition aux antibiotiques, spécialement au tout début de la vie, pourrait éliminer les bonnes bactéries qui facilitent notre absorption des nutriments et nous permettent de rester mince », estime le chercheur américain.

Depuis quelques années, les scientifiques cherchent à déterminer si la flore intestinale, ou le microbiote digestif, a un rôle dans l’apparition de maladies, comme le diabète, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, ou l’obésité. En 2012, une équipe de l’Inserm a montré chez la souris que la composition de cette flore conditionnerait la façon dont l’organisme développe certaines pathologies métaboliques comme le diabète, en dehors de toute modification génétique, du sexe, de l’âge et d’un régime alimentaire particulier. 

Alors faut-il se méfier des antibiotiques chez les jeunes enfants en prévention de l’obésité ? « Non, ce serait faire une interprétation exagérée de leurs résultats, pense le Pr Patrick Tounian, pédiatre et nutritionniste à l’hôpital Trousseau à Paris. Ce que les auteurs montrent c’est que les enfants qui ont eu plus d’antibiotiques au cours des 6 premiers mois de leur vie ont à trois ans une légère augmentation de leur IMC. Ensuite, leur étude montre aussi que dans la majorité des cas, cet écart d’IMC ne perdure pas. »

Ecouter le Pr Patrick Tounian, pédiatre nutritionniste à l’hôpital Trousseau: « Dans l’étude, 80% des enfants qui sont gros à 2 ans ne le restent pas. »
 


Autre raison de ne pas s’inquiéter, l’action des antibiotiques n’explique pas forcément la différence d’IMC entre les enfants. « C’est peut-être simplement le fait d’avoir été malade un peu plus souvent, donc ces enfants ont sur cette période un peu moins bien grandi, pris un peu moins de muscles… Il n’y a pas lieu d’alarmer les parents sur les antibiotiques par rapport à un éventuel risque d’obésité », précise le Pr Tounian. En fait, les enfants obéissent à une courbe programmée d’évolution du poids, on la voit sur le carnet de santé. « Quand ils sont malades, ils dévient un peu de la courbe, plus généralement vers le bas, témoigne le pédiatre, mais ensuite, une fois guéris, leur poids évolue à nouveau dans le sens de la courbe. Donc peut-être que les antibiotiques pris au début de la vie modifient temporairement la composition de la flore intestinale, que cela a peut-être un impact ponctuel sur la corpulence mais qu’une fois l’épisode de la maladie et des traitements passé, la programmation constitutionnelle reprend le dessus ».


Dernier élément, au-delà de l’âge de 6 mois, les auteurs de l’étude ne trouvent plus d’association entre prise d’antibiotiques et augmentation de l’IMC supérieure à la moyenne. « Les recherches sur l’influence de la flore intestinale sur notre organisme sont passionnantes. Mais pour le moment, les experts ne sont pas encore capables de dire si les modifications du microbiote constatée chez les personnes obèses sont la conséquence ou la cause de maladie, voire les deux en même temps… En juin dernier se tenait le congrès européen d’obésité à Lyon, des experts internationaux du microbiote étaient là, nous leur avons posé la question, témoigne le Pr Patrick Tounian. Ils ne pouvaient pas trancher. »

Chez l’enfant, de plus en plus d’études tendent à démontrer que l’obésité serait dû à un dysfonctionnement de l’hypothalamus, la zone du cerveau qui contrôle notamment le poids. Ce dysfonctionnement peut être d’origine génétique, mais pas seulement.


Ecouter le Pr Patrick Tounian : « Cela tourne autour du cerveau. »
 


Mais il reste encore à comprendre pourquoi certains enfants expriment tout de suite une obésité alors que chez d’autres elle se déclare à l’âge adulte. 

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