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QUESTION D'ACTU

Polémique franco-française

11 vaccins obligatoires chez l’enfant : parents déboussolés et aluminium stigmatisé

Une fois encore le village gaulois prévaut sur la clarté de la science. L’efficacité et l’innocuité démontrées des 11 vaccins désormais obligatoires en France sont sans équivalent au sein des médicaments. Pourtant, certains parents sont déboussolés et, au pays de Pasteur, les médecins traitants ne traitants ne s’engagent pas toujours.

11 vaccins obligatoires chez l’enfant : parents déboussolés et aluminium stigmatisé LenaMiloslavskaya/epictura


  • Publié le 01.01.2018 à 12h08
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  • Mise à jour le 02.01.2018 à 15h00
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Logiquement voulu, mais courageusement porté par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, le passage de trois à onze vaccins obligatoires concerne les enfants nés à partir du 1er janvier 2018. En plus des 3 vaccins déjà obligatoires (diphtérie, tétanos et poliomyélite ou DT-Polio), 8 vaccins déjà recommandés deviennent donc obligatoires : coqueluche, rougeole-oreillons-rubéole (ROR), Haemophilus influenzae b, pneumocoque, méningocoque C et hépatite B.
Ces onze vaccins seront indispensables à l'enfant pour être admis en collectivité (crèche, école...). Pour laisser un temps de mise en conformité, les premières vérifications n'auront lieu qu'à partir du 1er juin. Au pays du « vaccino-septicisme », certains parents sont déboussolés face à l’avalanche d’informations contradictoires générées par les lobbies anti-vaccins.
Des anti-vaccins qui les jugent dangereux (notamment en raison de leurs adjuvants, particulièrement l'aluminium) et qui se méfient des laboratoires, accusés de privilégier la rentabilité à la santé des enfants. Aucune des informations anti-vaccin ne repose sur une base scientifique réelle mais il faut reconnaître que même certains médecins semblent perdus. Le gouvernement, qui a longtemps négligé ce problème, a-t-il pris la mesure du problème. En tout cas, l’accès à une information transparente est plus simple.

Pourquoi rendre obligatoire ces 11 vaccins ?

Le principal argument du passage à 11 vaccinations obligatoires est la baisse de la couverture vaccinale pour les vaccins jusqu’ici non-obligatoires et la résurgence de certaines maladies. Pourtant, avec l’amélioration de l’hygiène et de la qualité de l’eau, la vaccination a constitué l’intervention de santé publique la plus efficace contre les maladies infectieuses.
La vaccination est tout à fait satisfaisante en France sur les maladies pour lesquelles elle est obligatoire (polio, tétanos, diphtérie) ou pour celles dont les vaccins sont quasiment systématiquement (coqueluche, Haemophilus influenzae b) combinés avec les vaccins obligatoires.
Par contre, pour les autres maladies, et en particulier la rougeole, la couverture vaccinale en France reste notoirement trop faible pour protéger l’ensemble de population contre la maladie : des enfants meurent ou ont des séquelles de rougeole en France en 2017.

Le seuil vaccinal n’est pas atteint pour toutes les infections

Il existe un seuil minimum de la couverture vaccinale pour qu’une « protection de groupe » fonctionne chez ceux qui ne peuvent pas être vaccinés (nouveau-nés, immunodéprimés…). Ce seuil dépend de la contagiosité de la maladie.
En France, avec une couverture vaccinale de près de 97 % pour la diphtérie, on dépasse le seuil pour l’immunité de groupe et c’est donc toute la communauté nationale qui est protégée, y compris en cas d’infection apportée par un migrant. De la même façon, les infections à Haemophilus influenzae b de l’enfant, la rubéole ou les oreillons ont presque été éliminés dans le pays parce que les taux de couverture de leurs vaccins dépassent le seuil d’immunité de groupe pour ces 3 maladies.
En revanche, le niveau actuel de couverture vaccinale contre la rougeole (79 %) reste insuffisant pour permettre une immunité de groupe (seuil d’immunité de groupe = 94 %), et on assiste donc à des résurgences épidémiques de la maladie de grande ampleur : plus de 23 000 cas déclarés en France entre 2008 et 2012, plus de 1500 pneumonies graves et plus de 30 encéphalites avec 10 décès). C’est insupportable.
De la même façon, la couverture insuffisante avec le vaccin contre la méningite C (70 % à l’âge de 2 ans, mais faible chez les adolescents et les jeunes adultes) est responsable de la majorité des près de 800 cas et 100 décès survenus depuis 2011.

Une controverse franco-française

Dans le cadre de l’extension de l’obligation vaccinale, la vaccination devient un débat dans l’opinion et une controverse, alimentée à plein, tant par les arguments scientifiquement non-fondés et démagogiques des lobbys anti-vaccins, que par le manque de formation du corps médical et du public sur le sujet. La France, pourtant la patrie de Pasteur, est devenue un des pays au monde où la défiance vaccinale est la plus forte avec plus de 40% des français qui pensent que la vaccination n’est pas sûre.
Cette controverse unique en Europe a lieu alors même que l’obligation vaccinale correspond au calendrier vaccinal actuel (vaccins obligatoires et recommandés) et qu’elle n’ajoute aucun vaccin supplémentaire. Elle vise simplement à faire en sorte que tous les enfants reçoivent effectivement les vaccins qu’ils auraient dû recevoir si le calendrier vaccinal était respecté pour tous les enfants. 
Pourtant, l’expérience de certains pays européens, comme les Pays-Bas, montre qu’on peut réussir à faire presque disparaître des maladies comme les infections à méningocoque C grâce à une couverture vaccinale très élevée chez les enfants de 1 à 18 ans.

Efficacité et innocuité démontrées

Les 11 vaccins qui sont désormais obligatoires sont très efficaces. Ils protègent les enfants à plus de 90 % contre les maladies et les effets indésirables, quand ils existent, sont généralement mineurs et de courte durée.
Certains effets indésirables mineurs sont communs à tous les vaccins injectables : réaction au site d’injection (douleur, rougeur, gonflement) dans environ 10 cas sur 100 enfants vaccinés), certains effets généraux, également de courte durée (fièvre, douleurs musculaires ou articulaires) dans 1 à 10 cas sur 100 vaccinés.
Les réactions allergiques graves sont extrêmement rares (moins d’un cas sur 450 000 vaccinés), or elles sont évoquées dans la majorités des certificats de complaisance des médecins traitants complaisants. Mais d’autres effets indésirables, parfois attribués à certains vaccins, sont scientifiquement infondés et l’ensemble des données scientifiques a été revu de façon indépendante par l’INSERM pour établir les faits avérés sur la vaccination.

Pas de lien entre autisme et vaccination contre la rougeole

Les preuves scientifiques de l’absence de lien entre la vaccination contre la rougeole (ou les vaccins rougeole-oreillons-rubéole type ROR) et les maladies inflammatoires de l’intestin ou l’autisme sont désormais nombreuses et de très haut niveau scientifique.
La seule étude qui avait suggéré un lien entre vaccination ROR et autisme portait sur 14 enfants et était une fraude scientifique de l’un de ses auteurs. Les co-auteurs se sont tous rétractés. L’article a été retiré du Lancet. Le médecin fraudeur a été radié de l’ordre des médecins britanniques.

Pas de lien entre la sclérose en plaques et vaccination contre l’hépatite B

De nombreuses et très larges études ont été réalisées entre 1996 et 2004 : elles ont toutes éliminé le lien suspecté entre la vaccination contre le virus de l’hépatite B et des effets indésirables auto-immun chez l’adulte comme des atteintes neurologiques de type sclérose en plaques ou d’autres maladies auto-immunes. Ces maladies peuvent malheureusement survenir tout à fait par hasard après une vaccination chez des adultes jeunes, classe d’âge où ces maladies se déclarent le plus souvent. C’est une raison supplémentaire pour vacciner les nourrisson car aucun lien avec la sclérose en plaques n’a jamais été observée lors de la vaccination du nourrisson. 

Pas de toxicité des adjuvants comme de l'aluminium

Parmi les 11 vaccins qui seront obligatoires en France, à l’exception du vaccin ROR (qui est un vaccin vivant), tous contiennent des sels d’aluminium, un adjuvant indispensable au renforcement de leur efficacité.
Au vu des données disponibles à ce jour à l’échelle mondiale, avec un recul d’utilisation de 90 ans et des centaines de millions de doses injectées, l’innocuité des sels d’aluminium contenus dans les vaccins ne peut être remise en cause. L'aluminium injecté avec les vaccins obligatoires ne représente que 4 et 5 milligrammes au total d'aluminium, une goutte d'eau par rapport à ce qu’il reçoit dans l’eau de boisson et l’alimentation. Une équipe de chercheurs français avait suggéré un lien entre la lésion au site d’injection dénommée « myofasciite à macrophages », qui contient des traces d’aluminium (comme un tatouage contient de l’encre) et l’existence de symptômes chroniques non spécifiques tels que fatigue, douleurs musculaires ou articulaires ou troubles cognitifs. L’analyse indépendante par d’autres équipes de leurs résultats n’a pas permis à ce jour de démontrer l’existence de ce lien. Par ailleurs, cette maladie n’a pratiquement pas été observée hors de France alors que les vaccins contenant de l’aluminium sont utilisés partout. Enfin, le vaccin ROR n’en contient pas et pourtant, il n’est pas plus accepté chez les anti-vaccins.

Pas de dangers avec les vaccins combinés

Les vaccins combinés ont comme intérêt principal de faciliter la vaccination des nourrissons (moins d’injections, moins de rendez-vous médicaux pour les parents).
La réponse immune obtenue pour chacune des infections n’est pas inférieure à celle observée lorsque les différents vaccins sont administrés de manière séparée. Les effets indésirables ne sont pas plus fréquents avec la forme combinée que lors de l’administration séparée (et concomitante) des différents vaccins.
Enfin, les arguments développés par les lobbys anti-vaccins, et qui prétendent que les vaccins combinés provoqueraient un « épuisement du système immunitaire » du nourrisson, ne reposent sur aucune base scientifique.
La stimulation du système immunitaire induite par un vaccin, fût-il hexavalent, est en effet négligeable par rapport à ses capacités de réponse et par rapport aux très nombreuses stimulations environnementales quotidiennes que reçoit un nourrisson dès sa naissance (moins de 0,01% d’utilisation des capacité immunitaires théoriques selon certains experts.

La protection naturelle transmise par la mère ne suffit pas

Les anti-vaccins s'appuient régulièrement sur l'immunité anticorps, naturellement transmise par la maman à son bébé au cours de la grossesse ou de l’allaitement. Cette protection naturelle ne suffit pas parce qu’elle est d’une part temporaire et trop partielle : les anticorps maternels diminuent rapidement du fait de leur cycle de vie court : on estime qu’un nourrisson perd la moitié des anticorps maternels toutes les 3 semaines. De plus, si la maman elle-même n'a pas été protégée correctement, elle peut ne rien transmettre du tout.

La protection est meilleure après la maladie

Certains parents considèrent qu’il est plus naturel et meilleur pour l’enfant d’acquérir seul la protection au cours de chaque maladie.
Outre que laisser ses enfants avoir des infections à répétition et des maladies comme la rougeole, la coqueluche ou les oreillons est bien cruel, cela fait courir un risque à d’autres enfants, qui n’auront pas pu être vaccinés car malades et immunodéprimés. Surtout, l’immunité conférée ne semble pas meilleure et avoir la rougeole, comme d’autres maladies, fait courir un risque vital et un risque de séquelles pour toutes la vie. 

Que risque-t-on en cas de refus de la vaccination ?

Les enfants nés à partir du 1er janvier 2018 et qui ne seront pas en conformité avec leurs vaccinations obligatoires ne pourront pas rentrer dans les crèches et à l’école, afin de ne pas exposer les autres enfants, immunodéprimés ou pas, à des risques potentiels liées aux maladies.
Jusqu’ici, les parents qui refusaient la vaccination obligatoire risquaient une condamnation administrative pouvant aboutir à six mois d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende. Une peine qui n’était jamais appliquée et cette règle du code de la Santé Publique (article L 31116-4) a donc été abolie.
Une décision en trompe l’œil car n’importe quel professionnel de santé ou para-scolaire pourra toujours prévenir le procureur de la république s’il constatent que les parents font courir un risque à leur enfant, et là on passe au pénal : l’article 227-17 du code pénal sanctionne de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende « le fait, par le père ou la mère, de se soustraire, sans motif légitime, à ses obligations légales au point de compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation de son enfant mineur ».
En ce qui concerne les médecins, le Conseil de l’Ordre sera impitoyable et un médecin vient d’être radié pour faux certificat de contre-indication à la vaccination.

La vaccination obligatoire n’est certainement pas la méthode idéale et elle signe surtout l’échec des politiques de santé publique qui n’ont pas réussi à convaincre la société et les parents de l’importance de la vaccination. Mais cette obligation est désormais nécessaire pour avancer. Elle ne dispense pas du débat public, bien au contraire, mais en restant sur le terrain des études scientifiques de qualité.

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