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Perte d'audition : un handicap associé à un risque de démence

Le Syndicat national des audioprothésistes (UNSAF) a organisé une conférence de presse : les personnes atteintes de troubles de l'audition auraient plus de risques de souffrir de démence. Il demande une réforme de la prise en charge des prothèses auditives, justifiant que cette dépense "sera moins coûteuse que celle allouée aux personnes atteintes de démence". Mais les troubles auditifs ne sont pas un facteur causal de la démence, seulement un éventuel facteur aggravant. 

Perte d'audition : un handicap associé à un risque de démence AndreyPopov/Epictura

  • Publié 08.02.2018 à 12h25
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En France, 6 millions de personnes sont malentendantes, dont deux tiers des plus de 65 ans. Plusieurs études menées sur le sujet dressent le même constat : contrairement aux personnes dites "normo-entendantes", celles atteintes de surdité légère, modérée ou sévère sont plus susceptibles de souffrir de démence passé 65 ans. Non pas que la perte auditive soit une cause en elle-même, mais probablement un facteur aggravant.

Une nouvelle étude épidémiologique menée à partir des données de la cohorte Paquid par un laboratoire de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) à Bordeaux et publiée dans la revue américaine Journals of Gerontology, mesure l’association entre la perte d’audition et la dépression, la démence, la dépendance et la mortalité chez les personnes âgées. Les résultats attestent d’un risque accrut de démence (+22%) chez les personnes présentant des troubles de l’audition et non appareillées, ainsi que de dépendance (+33%) et de dépression, notamment chez les hommes (+43%). Aucun lien n’a cependant été établi entre les troubles de l’audition et la mortalité.

Le dépistage contre l'isolement social

En somme, un "déclin accéléré" des capacités cognitives a été observé chez les personnes qui auraient besoin d’un appareil auditif mais qui n’en portent pas. A l’inverse, les personnes entendantes ou appareillées auraient moins de risques de souffrir de démence, dépendance ou dépression. Pour établir ce constat, les chercheurs ont suivi 3 577 habitants de Gironde et Dordogne âgés de 65 ans ou plus, pendant 25 ans (de 1989 à 2015). "Nous soupçonnions la perte d'audition chez les personnes âgées de jouer un rôle dans l'isolement social, la dépression, l'invalidité, une qualité de vie et le risque de démence", écrivent les auteurs.

Selon les scientifiques, ne pas porter de prothèse auditive nuit à la santé : "cela accroît le risque au long cours de présenter une démence ou une dépendance, et, chez les hommes, une dépression, estime la neuropsychologue Hélène Amieva, coordinatrice de l’étude. Donc il est utile de dépister et de traiter la perte d’audition, même si on peut considérer que c’est quelque chose de normal, avec l’âge, d’entendre moins bien".

Altruisme ou appât du gain ?

Présentée lors d’une conférence de presse organisée par le Syndicat national des audioprothésistes (UNSAF) ce 7 février, cette étude laisse néanmoins entrevoir l'éventualité d'un conflit d’intérêt. Difficile d’attester de l’impartialité des audioprothésistes qui ont commandé cette analyse "grand public" et demandé une réforme du remboursement des prothèses auditives pour que davantage de personnes puissent en avoir une.

Explications : à ce jour, deux millions de Français sont équipés d’une audioprothèse. Selon l’UNSAF, près d’un million de personnes y renonceraient à cause du reste à charge : 958 euros pour une oreille après remboursements de la sécurité sociale et des complémentaires. L’UNSAF suggère donc une réforme qui coûterait 340 millions d’euros par an à l’Assurance maladie (soit moins que la prise en charge des personnes atteintes de démence ou de dépression), pour que les appareils soient mieux remboursés dès 2018 et entièrement à partir de 2020.
Mais rappelons que les troubles de l'audition ne sont pas un facteur causal de la dépendance ou de la démence chez les personnes âgées, mais un facteur aggravant. En somme, établir un lien de cause à effet entre les troubles de l'audition et la prise en charge des personnes âgées souffrant de démence et de dépendance, est un abus.

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