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Des psychiatres dénoncent la surmédicalisation des émotions

Un collectif de médecins français s’élève contre ces émotions passagères étiquetées comme maladies mentales par le DSM-V, le nouveau dictionnaire des  troubles psychiatriques.

Des psychiatres dénoncent la surmédicalisation des émotions LE MOINE MICHEL/SIPA

  • Publié le 26.04.2013 à 16h38
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Le Dr Knock était catégorique, « tout homme bien portant est un malade qui s’ignore ». La formule semble se vérifier pour les maladies psychiatriques si l’on en croit le DSM-V, la liste officielle des pathologies mentales établie par des psychiatres du monde entier, qui doit paraître le 22 mai prochain.
Ainsi, les millions de femmes qui connaissent des troubles de l’humeur avant l’arrivée de leurs règles souffrent du « syndrome dysphorique prémenstruel » et les adolescents en rébellion contre l’autorité des adultes traversent un « trouble oppositionnel avec provocation ». « En trente ans, le nombre de maladies mentales répertoriées dans le DSM est passé de 150 à 400, dénonce le Dr Patrick Landman, psychanalyste et psychiatre, président du collectif Stop DSM. « Les comportements et les émotions humaines sont pathologisés à l’excès avec pour conséquences du surdiagnostic et des surprescriptions ».

Depuis 2010 et la mise en ligne d’une version de travail du DSM-V pour que la communauté des psychiatres puisse en débattre, la polémique ne cesse d’enfler des deux côtés de l’Atlantique. Les spécialistes se divisent notamment sur le chagrin après un deuil. A partir de quand doit-on considérer que la tristesse d’une personne touchée par la perte d’un proche s’est muée en dépression et doit être prise en charge ?

Ecoutez le Dr Patrick Landman, psychanalyste et psychiatre, président du collectif Stop DSM : « Quinze jours après le deuil, on parle d’épisode dépressif majeur, c’est absolument déraisonnable ! »



Autre exemple qui cristallise les critiques des détracteurs du DSM : les colères enfantines. Si votre petit monstre fait 3 crises de colère forte par semaine depuis plus d’un an, il sera alors étiqueté DMDD pour Disruptive Mood Dysregulation Disorder, autrement dit il présente des dérèglements sévères de l’humeur.

Ecoutez le Dr Patrick Landman : « Pourquoi étiqueter un enfant avec un trouble mental si ce n’est pour lui prescrire des médicaments ? »


Si le collectif Stop DSM a réuni plus de 3000 signatures de professionnels, tous les psychiatres ne partagent pas le rejet en bloc de cette classification. Ce catalogue des troubles psychiatriques n’a pas vocation à être un guide pratique de la psychiatrie que les médecins appliqueraient au pied de la lettre.
« Ce n’est qu’une classification, pas un outil diagnostique », insiste le Dr Marc-Antoine Crocq, l’un des psychiatres français travaillant à la traduction du DSM. Cette liste est surtout un outil précieux pour la recherche en santé mentale car elle permet aux psychiatres du monde entier d’être bien sûr de parler de la même pathologie.

Ecoutez le Dr Marc-Antoine Crocq, psychiatre à Rouffach et membre du groupe d’experts français travaillant à la traduction du DSM : « Le DSM n’est pas parole d’Evangile. C’est un outil imparfait mais indispensable à la recherche. »



Ce débat qui agite la psychiatrie a le mérite de rappeler la complexité du diagnostic des maladies mentales. Où placer le curseur sur le continuum qui va par exemple de la timidité excessive à la véritable phobie sociale ou de la tristesse à la dépression ? Les appréciations varient mais les spécialistes sont tous d’accord, la réponse médicamenteuse ne doit pas être systématique. Vous pouvez donc continuer à piquer des colères tous les jours au volant, sachez que le DSM-V vous considérera comme souffrant de dérèglements sévères de l’humeur mais ce n’est pas pour autant la camisole chimique qui vous attend.

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