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QUESTION D'ACTU

Vapotage

La façon d’inhaler le cannabis joue sur sa toxicité

Contrairement au tabac à fumer, le vapotage de cannabis augmenterait le taux d’anxiété à court terme, la paranoïa, ainsi que les déficits de mémoire et d’attention.

La façon d’inhaler le cannabis joue sur sa toxicité Dmitry_Tishchenko/iStock

  • Publié 05.12.2018 à 17h28
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Fumer des joints en vapotant n’est pas moins néfaste pour la santé que s’il est inhalé de manière classique : c’est ce qu’avancent des chercheurs de Johns Hopkins Medicine. Dans leurs nouveaux travaux, publiés le 30 novembre dans JAMA Network Open, ils remettent ainsi en cause l’idée que le vapotage est plus sûr lorsqu’on souhaite consommer du cannabis.

Certes, le vapotage produit moins de composants nocifs issus des produits en combustion comme le goudron que le papier à rouler et le tabac. Mais, expliquent-ils, pour les novices ou ceux ne consommant pas de cannabis régulièrement, le vapotage libère des quantités plus importantes de THC (tétrahydrocannabinol), la principale molécule psychoactive du cannabis, ce qui augmente le risque d’effets indésirables.

"Notre étude suggère que certaines personnes qui consomment rarement du cannabis doivent faire attention à la quantité de cannabis qu'elles utilisent avec un vaporisateur et ne doivent pas conduire, même dans les heures qui suivent leur consommation. Cela pourrait être dangereux pour elles-mêmes et pour d'autres et, en plus de cela, elles peuvent subir des effets négatifs tels que l’anxiété, des nausées, des vomissements et même des hallucinations", explique dans un communiqué Ryan Vandrey, professeur agrégé de psychiatrie et de sciences du comportement à la faculté de médecine de l’Université Johns Hopkins.

Un temps de réaction plus lent, un déficit de l’attention

Dans le cadre de leurs travaux, les chercheurs ont demandé à 17 participants volontaires (9 hommes et 8 femmes, âgés de 27 ans en moyenne) qui n’avaient pas consommé de cannabis au cours des 30 derniers jours et n’en avaient consommé que très rarement depuis plus d’un an, de fumer ou vapoter du cannabis une fois par semaine pendant 6 semaines. Les unités fournies contenaient soit 0,10, soit 25 milligrammes de THC. Les chercheurs affirment que 25 mg de THC est une dose "relativement faible", du moins beaucoup plus faible que ce que l’on trouve généralement dans les joints pré-roulés vendus dans les officines ou coffee shops. Les participants fumaient des joints pré-roulés ou inhalaient de la vapeur de e-joint sans connaître la dose de THC.

Au cours des 6 séances, des mesures des signes vitaux comme la fréquence cardiaque et la tension artérielle ont été faites, des échantillons de sang prélevés, et chaque participant a rempli un questionnaire sur les effets des médicaments.

Les résultats ont montré que quelques minutes après avoir fumé, les participants ayant consommé par vapotage la dose de 25 milligrammes de THC ont rapporté une moyenne de 77,5 sur la force globale de l'effet de la drogue, soit une réponse plus importante que ceux ayant fumé la même dose. Ils ont par ailleurs déclaré un score moyen de 7% plus élevé pour l’anxiété et la paranoïa que les personnes ayant fumé la même quantité de cannabis. Ils ont enfin signalé une sécheresse buccale plus importante.

Dans le cadre de l’expérience, les scientifiques ont aussi soumis les participants à trois tâches informatisées conçues pour mesurer leur capacité d’attention, leur mémoire, le temps de réaction physique et les mouvements moteurs. Ils ont alors constaté que les temps de réaction étaient en moyenne plus lents de plus de 120 millisecondes avec les deux doses actives de THC, que ce soit en fumant ou en vapotant, par rapport au temps de réaction après avoir fumé ou vapoté du cannabis sans THC.

"Nos participants présentaient des déficiences considérablement plus importantes au niveau des tâches après le vapotage que lorsqu’ils avaient fumé la même dose. Ce qui, dans le monde réel, se traduit par des déficiences plus fonctionnelles lors de la conduite ou des tâches quotidiennes", explique Tory Spindle, chercheur à l'unité de recherche en pharmacologie du comportement de l'Université Johns Hopkins Bayview.

Une concentration plus importante de THC quand le cannabis est vapoté

Comment l’expliquer ? Les chercheurs ont démontré qu’en vapotant le cannabis, les taux de THC dans le sang étaient bien plus importants que s’il avait été fumé.  À 10 milligrammes de THC, les concentrations sanguines de THC atteignaient en moyenne 7,5 nanogrammes par millilitre chez les vapoteurs, contre 3,8 nanogrammes par millilitre chez les fumeurs 10 minutes après avoir consommé du cannabis. À 25 milligrammes de THC, les concentrations sanguines atteignaient en moyenne 14,4 nanogrammes par millilitre lorsqu'ils étaient vapotés contre 10,2 nanogrammes par millilitre lorsqu'ils étaient fumés.

Les scientifiques précisent que deux participants ont vomi après avoir inhalé par vapotage 25 milligrammes de THC, et un autre a eu des hallucinations. Une autre personne a vomi après avoir fumé 25 milligrammes de THC.

Les auteurs de l’étude précisent que leurs travaux n’ont porté que sur un petit nombre de participants et sur une courte durée. De fait, ils n’ont pu observer "les effets à long terme du vapotage, par exemple s’il y a un risque de bronchite chronique".

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