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QUESTION D'ACTU

Troubles psychiatriques

Dépression : nos bactéries intestinales influencent notre comportement

Des chercheurs ont démontré que la transplantation d’une bactérie intestinale appartenant à un animal atteint de stress sur un autre non stressé pouvait modifier le comportement de ce dernier.

Dépression : nos bactéries intestinales influencent notre comportement JONGHO SHIN / istock

  • Publié 07.05.2019 à 18h00
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Nous savons déjà que le cerveau et les intestins s’influencent mutuellement. Chez les humains, les patients atteints de troubles psychiatriques ont des populations de bactéries intestinales différentes de ceux en bonne santé. Des chercheurs américains viennent de publier une étude dans la revue Molecular Psychiatry, qui précise ce lien entre le cerveau et l’estomac. Elle étudie précisément les mécanismes liés à l’inflammation cérébrale, au microbiome et au stress.

"Chez des rats présentant un comportement de type dépressif lors d’un test de laboratoire, nous avons constaté que le stress modifiait leur microbiome intestinal - la population de bactéries dans l’intestin", déclare Seema Bhatnagar, auteure principale de l’étude et neuroscientifique à l’hôpital de Philadelphie. Suite à ce constat, les chercheurs ont transplanté des bactéries intestinales de ces rats vulnérables sur des rats qui ne souffraient pas de stress. Les animaux receveurs ont ensuite eu un comportement de type dépressif à leur tour.

Un comportement passif, signe de stress ou de dépression

"Les humains ne réagissent pas tous de la même manière face au stress. Certains sont plus vulnérables au développement de troubles psychiatriques, d’autres sont plus résilients", déclare Seema Bhatnagar. "Quelque chose de similaire se produit également chez les animaux de laboratoire."

Chez les rongeurs, les hiérarchies sociales et la territorialité sont des sources majeures de stress. Les chercheurs ont effectué certains tests afin d’analyser de quelle manière ils agissaient pour faire face à ce stress. Ils ont ainsi observé qu’une partie était plus active, et par conséquent moins stressée. Les autres rats, qui agissaient de manière plus passive, affichaient des comportements plus vulnérables et dépressifs. Sur la base de ces évaluations, les scientifiques ont classé les rats en deux catégories: vulnérables ou résilients.

Des bactéries intestinales responsables de l’inflammation cérébrale ?

Les chercheurs ont ensuite analysé la population de microbes dans la matière fécale de rats vulnérables, résilients, d’un groupe témoin non stressé et d’un groupe placebo. Ils ont effectivement constaté que les rats vulnérables présentaient des taux plus élevés de certaines bactéries, telle que Clostridia. En transplantant des greffes de selles sur des animaux non stressés, les chercheurs ont observé que leur comportement n’était pas le même non plus. Ainsi, les rats ayant reçu une greffe provenant de rats stressés étaient plus susceptibles d’adopter des comportements dépressifs. Les processus d’inflammations cérébrales étaient également similaires. Cela suggère que certaines bactéries, à l’image de Clostridia, pourraient favoriser cette inflammation.

Bientôt des probiotiques pour traiter les problèmes psychiatriques ?

En revanche, les greffes n’ont pas entrainé de changements significatifs des comportements de type anxieux. Les auteurs de l’étude suggèrent alors que le comportement de type dépressif serait davantage régulé par le microbiome intestinal, alors que les comportements de type anxieux seraient principalement influencés par les modifications de l’activité des neurones, produites en période de stress.

"Bien qu’il reste encore beaucoup de recherches à faire, nous pouvons envisager de futures applications dans lesquelles nous pourrions exploiter les connaissances des interactions microbiome-cerveau pour traiter les troubles psychiatriques humains", explique Seema Bhatnagar. "Les gens prennent déjà des probiotiques en vente libre sous forme de suppléments. Si nous pouvions éventuellement valider les effets bénéfiques sur le comportement de bactéries spécifiques, nous pourrions préparer le terrain pour de nouveaux traitements psychiatriques."

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