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Signes annonciateurs

Troubles psychotiques : l'intelligence artificielle pour repérer les risques dans le langage

Des chercheurs américains ont réussi à détecter à 93% des individus à risque de psychoses grâce à l'analyses de conversations par l'apprentissage automatique. 

Troubles psychotiques : l'intelligence artificielle pour repérer les risques dans le langage Evgeniy Anikeev/iStock

  • Publié 18.06.2019 à 15h27
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La schizophrénie est un trouble cérébral grave résultant d'un déséquilibre des systèmes chimiques du cerveau. Cette maladie apparait généralement autour de la vingtaine et touche 0,7% de la population mondiale dont 600 000 personnes en France. Afin d’être en mesure d’intervenir le plus tôt possible, les chercheurs tentent de mieux comprendre la pathologie et ses facteurs de risque.

Savoir qui développera une psychose

Une nouvelle étude, parue dans la revue npj Schizophrenia pourrait permettre d'avancer sur le sujet. Grâce à une intelligence artificielle analysant le langage, des chercheurs américains ont réussi à prédire à 93% quels individus développeraient une psychose au cours de leur vie. 

Quand il est en état de psychose, le patient peine à différencier ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas. Au cours de cette phase, il souffre de ce que l’on appelle un épisode psychotique où il expérimente désillusions et hallucinations. Pendant une crise, le malade aura tendance à agir de manière inappropriée, à tenir des propos incohérents, à souffrir d’insomnie, d’anxiété et parfois même à tomber dans la dépression. Les signes annonciateurs d’une psychose commencent généralement à la fin de l’adolescence au cours d’une phase prodromique, c'est-à-dire la période pendant laquelle un ensemble de symptômes avant-coureurs, généralement bénins, annoncent l'arrivée de la phase principale de la maladie. 

Grâce à des questionnaires et des tests d’habilité cognitive, les médecins entraînés peuvent généralement prédire à 80% quels malades entrant en phase prodromique développeront une psychose. Ils travaillent donc aujourd’hui sur différentes approches pour améliorer ce taux de prédiction. Parmi elles, l’apprentissage automatique, une forme d’intelligence artificielle par laquelle les ordinateurs "apprennent par l’expérience". Ce système cherche des schémas dans une base de données connue et décide lesquels correspondent à des caractéristiques spécifiques.

L’apprentissage automatique pour repérer des indices cachés dans le langage

Les chercheurs de l’Université Emory à Atlanta, en Géorgie, et de l’Université d’Harvard, dans le Massachussetts, ont décidé d’utiliser cette technique pour repérer les indices cachés dans l’utilisation du langage.

Ils ont donc programmé leur machine pour identifier les normes linguistiques d’une conversation quotidienne grâce aux dialogues de 30 000 utilisateurs du forum Reddit. Ils ont ensuite analysé les mots avec un logiciel. Après avoir entraîné la machine à établir une "base de données normale", l’équipe l’a nourrie de conversations extraites de questionnaires remplis par 40 volontaires lors d'une étude sur le diagnostic des jeunes à risque de psychose.

Les chercheurs ont alors comparé l’analyse de ces conversations avec la base de données. Résultat : les participants qui ont ensuite développé des psychoses ont tendance à utiliser des mots évoquant le son (ils parlent entre autres de voix) et ont un champ sémantique plus faible que les autres : ils utilisent des mots similaires plus fréquemment.  

"Un microscope pour les signes annonciateurs de psychose"

"Essayer d’entendre ces subtilités dans des conversations avec les gens c’est comme essayer de voir des germes microscopiques dans vos yeux", explique Neguine Rezaii, du Département de Neurologie à l’Université d’Harvard. Ainsi, l’apprentissage automatique "est comme un microscope pour des signes annonciateurs de psychose".

"Si nous pouvons identifier quels individus sont à risque plus tôt et pratiquer des interventions préventives nous pourrions être capables de renverser la tendance (…). Il y a des données intéressantes montrant que des traitements comme la thérapie cognitive-comportementale peuvent retarder l’apparition de la psychose et peut-être même réduire la fréquence des crises", renchérit le Professeur Elaine Walker qui a également participé à l’étude.

La schizophrénie est la psychose la plus fréquente

La schizophrénie est la psychose chronique la plus fréquente, les crises psychotiques pouvant aussi intervenir dans un contexte de dépression profonde, d’épisode maniaque chez une personne bipolaire ou encore de crise abandonnique chez un patient bordeline. Elle évolue en général par phase aiguës dans les premières années, elle se stabilise généralement avec des symptômes résiduels d’intensité variable en fonction du malade. Cela dépend bien sûr de la qualité du soutien psychoscocial du patient, de son accès aux soins et de son adhésion à sa prise en charge.

En effet, avoir conscience de sa maladie et bénéficier d’une prise en charge rapide dès les premiers troubles psychotiques aide énormément à guérir. Car il est possible de guérir de la schizophrénie. Ainsi, selon l’Inserm, environ un tiers des patients sont en rémission durable après quelques années de traitement et peuvent reprendre une vie sociale, affective et professionnelle normale. 

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