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Le métabolisme en cause

Anorexie : ses origines ne seraient pas que psychiatriques

Contrairement aux idées reçues, les origines de l'anorexie mentale ne seraient pas que psychiatriques. Le métabolisme aurait également une part à jouer. 

Anorexie : ses origines ne seraient pas que psychiatriques KatarzynaBialasiewicz/iStock

  • Publié 17.07.2019 à 08h00
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L’anorexie mentale, qui se caractérise principalement par une perte dangereuse de poids (plus de 15% du poids initial) et une peur panique d’en prendre, est une maladie grave qui touche entre 1 et 2% des femmes et entre 0,2 et 0,4% des hommes dans le monde. Avec 5% à 15% de taux de mortalité, il s’agit de la maladie mentale la plus meurtrière qui soit. Toutefois, contrairement à ce que l’on croyait jusque-ici, il ne s’agirait pas seulement d’un désordre psychiatrique mais également métabolique, selon une étude publiée dans la revue Nature Genetics.

En analysant 16 992 cas d’anorexie mentale dans 17 pays riches recensés par différentes bases de données, une centaine d’experts du monde entier en a conclu que les bases génétiques de l’anorexie mentale avaient également des aspects métaboliques, lipidiques et anthropométriques. Et cela est indépendant des effets génétiques influant sur l'Indice de Masse Corporelle (IMC), assure l’étude.  

Par ailleurs, la base génétique de cette maladie se confond avec d’autres désordres psychiatriques comme le trouble obsessionnel-compulsif, la dépression, l'anxiété et la schizophrénie. Enfin, les facteurs génétiques associés à l’anorexie mentale influent également sur l’activité physique, ce qui pourrait expliquer pourquoi de nombreux anorexiques sont si actifs.

Un trouble hybride "métabo-psychiatique"

"Les anormalités métaboliques observées chez des patients souffrant d’anorexie mentale sont plus souvent attribuées à la famine mais notre étude montre que des différences métaboliques pourraient également contribuer au développement de la maladie. Qui plus est, notre analyse indique que les facteurs métaboliques pourraient jouer un rôle quasiment aussi important que les effets purement psychiatriques", note le Dr Gerome Breen, du King’s College de Londres, qui a co-mené l’étude.

"Au fil du temps, il y a eu une incertitude sur l’étiquette de l’anorexie mentale en raison de ses aspects physiques et psychiatriques. Nos résultats confirment cette dualité et suggèrent qu’intégrer une information métabolique pourrait aider les professionnels de santé à développer de meilleures façons de traiter les troubles de l’alimentation", commente le Professeur Janet Treasure (King’s College) qui a également participé à l’étude. Cela pourrait notamment permettre de comprendre pourquoi certains individus retombent dans la maladie même après avoir été nourris pendant une longue période à l’hôpital.

Ainsi, l’anorexie nerveuse devrait peut-être être considérée comme un trouble hybride "métabo-psychiatrique", notent les chercheurs. "C’est une recherche révolutionnaire qui augmente significativement notre compréhension des origines génétiques de cette maladie grave. Nous encourageons vivement les chercheurs à examiner les résultats de cette étude et à considérer comment cela pourrait contribuer au développement de nouveaux traitements pour que nous pouvions venir à bout des troubles alimentaires", conclut Andrew Radford, directeur de Beat, la principale oeuvre de charité britannique contre les troubles alimentaires.

La maladie se déclenche le plus souvent pendant la puberté  

En France, selon une étude menée en 2008 auprès d’adolescents, l’anorexie mentale a concerné 0,5 % des jeunes filles et 0,03 % des garçons entre 12 et 17 ans. Car la maladie se déclenche le plus souvent entre 14 et 17 ans, avec un pic de prévalence maximale à 16 ans.  

D’après l’Inserm, son diagnostic repose sur les critères suivants : la façon de s’alimenter (restriction, éviction de certains aliments), certaines pratiques (vomissements provoqués, prise de laxatifs), le poids (IMC inférieur à 17,5kg/m2) et l’absence de règles depuis au moins trois mois pour les filles. Le refus de reconnaître sa maigreur, la perception déformée de son corps et la hantise de grossir sont également des symptômes de la maladie. Enfin, le ralentissement de la croissance chez un jeune adolescent ainsi que l’hyperactivité, les obsessions alimentaires et le surinvestissement intellectuel devraient également alerter les parents.

En moyenne, la phase anorexique dure un an et demi à trois ans mais cet état peut se prolonger jusqu’à cinq ans. Après cette période, deux tiers des patients sont guéris. Si les autres sont atteints "d’anorexie mentale chronique", des rémissions plus tardives sont possibles. "A terme, la moitié des personnes soignées pour une anorexie mentale à l’adolescence guérissent, un tiers est amélioré, 21 % souffrent de troubles chroniques et 5 % décèdent", note l’Inserm rappelant que la plupart des morts surviennent l’année suivant la sortie de l'hôpital, le plus souvent par suicides (27% des cas). 

 

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