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QUESTION D'ACTU

Manque de matière grise

Que se passe-t-il dans le cerveau d'un meurtrier ?

D'après une étude américaine réalisée sur des détenus coupables de meurtres ou de délinquance, le cerveau des meurtriers aurait des déficits de matière grise dans des zones cérébrales ayant un impact sur l’empathie ou encore la prise de décisions morales. 

Que se passe-t-il dans le cerveau d'un meurtrier ? gorodenkoff/iStock

  • Publié 17.07.2019 à 18h45
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De Jack L’Eventreur à Charles Manson en passant par Emile Louis, les meurtriers ont toujours suscité la curiosité. Qu’il s’agisse du grand public, des écrivains ou des scientifiques, tout le monde cherche à comprendre ce qui se passe dans la tête d’un meurtrier. Si de nombreuses recherches ont déjà été réalisées sur le sujet, prouvant que le cerveau des auteurs d’homicides volontaires est différent de celui des "personnes normales", des chercheurs américains ont aujourd’hui réussi à aller plus loin, découvrant "pour la première fois l’existence d’anomalies cérébrales qui distinguent les meurtriers des auteurs d’agressions violentes ou d’actes antisociaux non violents". Les résultats de cette étude, la plus large jamais réalisée sur le sujet, sont parus dans la revue Brain Imaging and Behavior. 

Des chercheurs de l’université d’Albuquerque (Nouveau-Mexique) et de l’université de Chicago (Illinois) ont suivi 808 hommes détenus dans des prisons américaines. Prenant soin de ne pas prendre en compte les individus souffrant de troubles psychotiques ou qui avaient perdu connaissance pendant plus de deux heures à cause d’une blessure au cerveau, ils ont séparé les responsables d’homicides (203 individus), les délinquants violents qui n’avaient pas commis d'homicide (475) et les délinquants non violents ou peu violents (130) en trois groupes distincts. Ils ont étudié leur cerveau à l’aide d’une IRM. En parallèle, ils ont considéré certains facteurs comme l’usage de drogues, l’âge ou le QI des participants ainsi que leur temps d’incarcération. 

Conclusion : le cerveau des meurtriers est légèrement différent de celui des délinquants (violents et non violents). Les chercheurs n’ont en revanche observé aucune différence significative entre les cerveaux des délinquants violents et non-violents. Ainsi, la neuro anatomie d’un meurtrier serait spéciale. 

Moins de matière grise dans un certain nombre de régions cérébrales 

Les scientifiques ont pu observer des déficits dans plusieurs zones cérébrales. "Les réductions de la matière grise chez les délinquants condamnés pour homicide étaient évidentes dans un certain nombre de zones du cerveau importantes pour le traitement affectif, la cognition sociale et le contrôle comportemental stratégique", précise l’étude. La plupart des régions identifiées semblent par ailleurs jouer des rôles considérés comme pertinents en matière d'homicide. Les scientifiques pensent par exemple que certaines de ces régions ont un impact sur l’empathie, la culpabilité, la régulation des émotions ou encore la prise de décisions morales. 

Ces résultats coïncident avec des études antérieures. Plusieurs recherches avaient déjà démontré une activité réduite dans plusieurs zones cérébrales des meurtriers, surtout au niveau du cortex préfrontal, une zone importante pour, entre autres, modérer un comportement social, et dans l’amygdale, très importante dans la gestion des émotions. Ces études n’étaient toutefois pas aussi complètes que celle-ci, les chercheurs ayant exclusivement suivi des participants jugés "non coupables pour insanité". Ainsi, chaque différence cérébrale découverte aurait aussi bien pu être causée par une maladie mentale ou une blessure au cerveau. 

Toutefois, l’étude actuelle présente elle aussi quelques limites. Bien qu’ils aient pris en compte de nombreux facteurs, les chercheurs pourraient avoir ignoré certains paramètres importants comme l’impulsivité. Les changements neuroanatomiques pourraient juste signifier que les meurtriers sont plus impulsifs que ceux qui commettent des crimes moins violents, concèdent les chercheurs. Qui plus est, ils ont examiné les scanners du cerveau des détenus sans pouvoir déterminer quand les changements cérébraux étaient survenus. Une question cruciale reste donc en suspens : les individus condamnés pour meurtre sont-ils nés avec ces déficiences ou ces dernières ont-elles évolué avec le temps? 

Il faudra déterminer comment et pourquoi ces changements ont lieu 

Ces conclusions "ne doivent pas être confondues avec la capacité d'identifier chaque délinquant d'homicide en utilisant uniquement des données sur le cerveau, et ce travail ne doit pas être interprété comme une prédiction d'un comportement d'homicide futur", insistent les chercheurs afin d’éviter toute polémique sur le déterminisme biologique. 

A partir de ces résultats, les scientifiques veulent continuer leurs recherches pour déterminer comment et pourquoi ces changements neuroanatomiques se produisent, s'ils peuvent être inversés ou empêchés, et si cela pourrait modifier le comportement des meurtriers. Un travail qui "représente une étape supplémentaire dans la sécurisation de notre société en démontrant le rôle crucial de la santé et du développement du cerveau dans les formes de violence les plus extrêmes représentées parmi les populations antisociales", concluent-ils. 

Chaque jour dans le monde, 541 personnes sont tuées, soit 197 333 par an. Les pays où sont commis le plus de meurtres sont dans l'ordre : le Brésil, le Mexique, la Russie, les Etats-Unis, l'Estonie, le Chili et l'Israël. En France, en 2017, il y a eu 825 victimes de meurtres.

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