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Transplantation fécale

Mélanome : et si des micro-organismes présents dans nos selles pouvaient aider les malades à guérir?

D'après des chercheurs canadiens, des prélèvements fécaux pourraient aider les personnes atteintes d'un mélanome cutané à mieux répondre au traitement par immunothérapie. Ils s'apprêtent à lancer un essai clinique. 

Mélanome : et si des micro-organismes présents dans nos selles pouvaient aider les malades à guérir? AlexRaths/iStock

  • Publié 17.08.2019 à 11h00
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Entre 1980 et 2012, le nombre de nouveaux cas de cancers de la peau a plus que triplé en France. Cette maladie concerne désormais près de 80 000 nouvelles personnes chaque année. Dans 10% des cas, les personnes diagnostiquées sont atteintes d’un mélanome. Si cette forme du cancer de la peau est la plus rare, c’est aussi la plus agressive. Avec 15 404 nouveaux cas de mélanomes cutanés estimés en 2017 en France métropolitaine (8 061 hommes et 7 343 femmes) et 1 783 décès (1 036 hommes et 747 femmes), cette maladie représente près de 4 % de l’ensemble des cancers et 1,2 % des décès par cancer. 

Le mélanome cutané est de bon pronostic s’il est détecté assez tôt, d’où l’importance du diagnostic précoce, explique l’Institut national du cancer. Le traitement repose alors sur une exérèse chirurgicale. En revanche, diagnostiqué tard, le malade a beaucoup moins de chances de s’en sortir. En effet, ce ce cancer est à fort potentiel métastasique : il peut s'étendre rapidement aux relais ganglionnaires et à d'autres organes. Les médecins essayent alors des traitements complémentaires tels que le curage ganglionnaire, la radiothérapie, la chimiothérapie, l’exérèse de métastases ou encore immunothérapie.

Cette dernière a pour but de stimuler le système immunitaire d’un malade à attaquer et à détruire le cancer. Alors que ces traitements peuvent grandement améliorer la survie des patients atteints d’un mélanome, ils sont efficaces chez 40 à 50% d'entre eux seulement. C’est pourquoi, des chercheurs du Lawson Health Research Institute au Canada, étudient actuellement l’impact des implantations fécales sur la longévité des patients atteints d’un mélanome cutané traités par immunothérapie. Ils s’apprêtent à lancer un essai clinique, comme l’indique le communiqué de presse paru le 16 août sur leur site officiel.

Des recherches préliminaires ont montré que le microbiome humain, la diverse collections de microbes dans notre corps, pourrait jouer un rôle dans la réponse du patient au traitement par immunothérapie. "Le microbiome de l’intestin aide à établir le système immunitaire à un âge précoce. Cela semble logique qu’un intestin sain puisse améliorer la réponse à l’immunothérapie", explique le Dr Jeremy Burton, un scientifique spécialisé dans la recherche sur le microbiome. "Cela nous a conduit à considérer le potentiel des transplants fécaux", poursuit-il. Le but étant donc de transplanter le microbiome du donneur pour que la bactérie saine colonise l’intestin du patient.

"Notre institut est bien placé pour allé de l’avant"

Dans une première phase d’essai clinique, les chercheurs ont étudié l’utilisation de transplantations fécales pour altérer le microbiome des malades et améliorer leur réponse aux traitements par immunothérapie. A partir de maintenant, après avoir collecté les selles de donneurs sains, les chercheurs les transplanteront chez 20 Britanniques atteints d’un mélanome cutané. Dans le détail, les malades ingéreront des capsules orales spécialement préparées à leur attention. Au fil du temps, les chercheurs évalueront l’évolution de leur cancer, de leur microbiome, de leur système immunitaire et de leur état de santé général.

"Le mélanome est le cancer de la peau le moins courant mais le plus mortel et les taux de mortalité augmentent", explique Dr John Lenehan qui va participer à l’étude. "Les médicaments d'immunothérapie anti-PD1 peuvent être extrêmement efficaces, mais nous voulons aider plus de patients à répondre. C'est notre but".

Si les chercheurs se concentrent aujourd’hui sur le mélanome cutané, ils entrevoient également un potentiel pour d'autres cancers. "Nous sommes l'une des premières équipes au monde à étudier les transplantations fécales chez les patients atteints de cancer. Cette étude est à la fine pointe de la technologie en ce qui concerne les applications potentielles pour de multiples types de maladies", fait remarquer le Dr Saman Maleki, un chercheur associé de Lawson spécialisé en immunologie du cancer. "Avec des experts en microbiologie, maladies infectieuses, cancer et immunologie, notre institut est bien placé pour aller de l'avant", se félicite-t-il.

Un potentiel pour le traitement d’autres maladies

"Les transplantations fécales ont sauvé la vie d'innombrables patients atteints de colite Clostridium difficile récidivante", commente le Dr Michael Silverman, pionnier dans le domaine des greffes de selles. "Nous commençons à voir son potentiel pour le traitement d'autres maladies", détaille-t-il. Aujourd’hui, les chercheurs de Lawson prévoient donc des études de transplantation fécale pour de nombreuses autres maladies, y compris la maladie hépatique grasse non alcoolique, la sclérose en plaques (SP) et la toxicité du traitement du cancer. "Mais pour mener cette recherche, nous avons besoin de donneurs de selles", interpelle le Dr Silverman.

Rappelons que le mélanome peut apparaître sur une peau saine dans 70 à 80% des cas ou résulter de la transformation maligne d'un grain de beauté. D’où l’importance de faire régulièrement dépister vos grains de beauté suspects chez un dermatologue. Il est aussi possible de se référer à la règle ABCDE (pour Asymétrique, Bords, Couleur, Diamètre et Évolution), une technique d’auto-dépistage mise au point par les spécialistes. Selon cette dernière, une tâche ou un grain de beauté présentant l’une des caractéristiques suivantes peut être suspect : Asymétrie, Bords irréguliers, Couleur non homogène, Diamètre en augmentation, ou Évoluant rapidement.

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