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Harcèlement sexuel : l'empathie des hommes pour les agresseurs expliquerait le "blâme des victimes"

Après avoir entendu un récit de harcèlement sexuel, les hommes auraient tendance à se mettre dans la peau de l'agresseur, ce qui pourrait entraîner des reproches envers la victime féminine, déplorent des chercheurs. Selon eux, cela pourrait expliquer pourquoi tant de femmes hésitent encore à porter plainte.  

Harcèlement sexuel : l'empathie des hommes pour les agresseurs expliquerait le \ vlada_maestro/iStock

  • Publié 19.08.2019 à 15h30
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Depuis les révélations sur l’affaire Harvey Weinstein en octobre 2017 et les mouvement #MeToo et #Balancetonporc qui ont suivi, il semblerait que la parole se libère davantage chez les personnes ayant été harcelées ou agressées sexuellement. Selon une enquête française IFOP parue près d’un an plus tard, 86% des sondées ont admis avoir été victimes, au moins une fois d’une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue.  

Et si le nombre de plaintes pour viols et agressions sexuelles enregistrées par les forces de l’ordre ont respectivement augmenté de près de 17% et 20% en 2018, de nombreuses femmes ont encore peur de franchir le cap, notamment en raison de l’image que cela pourrait renvoyer d’elles et des reproches qu’elles pourraient recevoir. Des chercheurs des Universités d’Exeter, de Queensland et de Bath se sont penchés sur le sujet. D’après leur étude parue dimanche 18 août dans la revue Psychology of Women Quarterly, l’empathie des hommes pour les agresseurs sexuels pourrait expliquer pourquoi ils ont tendance à blâmer la victime.  

Pour en arriver à cette conclusion, les chercheurs ont mené deux études sur 230 étudiants australiens à qui ils ont demandé de lire un incident clair et précis de harcèlement sexuel. Le récit, mis au point par les scientifiques, concernait une étudiante harcelée par un étudiant du même campus. Pendant plusieurs mois, le jeune homme lui avait fait des avances non désirées, en lui tapant sur les fesses, en mettant ses bras autour de sa taille ou en lui envoyant des photos pornographiques en réclamant qu’elle fasse de même. A plusieurs reprises, après avoir bu, il avait frappé à sa porte en réclamant "un câlin", puis l’avait insultée quand elle refusait d’ouvrir. Lorsque la jeune fille l’a finalement dénoncé à l’Université, l’élève a admis la plupart des allégations mais a assuré qu’il plaisantait. Il expliquait par ailleurs n’avoir eu aucune intention de la contrarier, persuadé qu’il était qu’elle "aimait cette attention".

Se concentrer sur le point de vue de la victime

Au cours de la première étude, les participants des deux sexes ont montré des niveaux d’empathie équivalents envers la victime. Toutefois, les hommes se sont davantage mis à la place de l’agresseur et ont eu tendance à blâmer un peu plus la jeune fille que les femmes.  

Pour les chercheurs, cela renforce la théorie de l’identité sociale selon laquelle les membres d’un groupe sont plus susceptibles de s’identifier à d’autres membres du même groupe et de leur trouver des excuses.

Dans la deuxième étude, les chercheurs ont demandé aux participants de se concentrer sur la façon dont cette histoire pouvait affecter la vie du garçon ou de la fille qui essayait d’aller de l’avant après. Ils ont alors remarqué que les hommes et les femmes qui s’étaient concentrés sur le point de vue de l’agresseur avaient fait preuve d’une plus grande empathie envers lui et davantage blâmé la victime. En revanche, quand ils leur ont demandé de se concentrer sur le point de vue de cette dernière, les participants des deux sexes lui ont fait moins de reproches.  

L’aspect négatif de l’empathie  

Ces recherches montrent donc l’aspect négatif de l’empathie. "Malgré des mouvements comme #MeToo, les femmes ont toujours peur des conséquences négatives d’une plainte pour harcèlement sexuel", explique le Dr Renata Bongiorno, de l’Université d’Exeter qui a mené la recherche. "Beaucoup de femmes se voient reprocher des choses quand elles le font, surtout de la part des hommes", déplore-t-elle.

Et de poursuivre : "On suppose généralement qu'un manque d'empathie envers les femmes victimes explique pourquoi les gens les blâment, mais nous avons en fait constaté que l'empathie envers le harceleur sexuel masculin était une explication plus cohérente de la variabilité du blâme de la victime (…) Les reportages des médias sur le harcèlement sexuel - en particulier ceux qui impliquent des hommes - se concentrent souvent sur leur point de vue et les dommages sur leur vie après avoir été dénoncés comme harceleur sexuel".

"Nos résultats soulignent les conséquences nocives de cette approche pour les femmes victimes", alerte la scientifique. Car cela "continue de rendre très difficile pour les femmes qui sont victimes de harcèlement sexuel de porter plainte et d'obtenir une audience équitable quand elles le font."

Toutefois, tout n’est pas si noir puisque ces recherches ont également révélé que le "blâme de la victime" chez les hommes diminuait lorsqu'on leur demandait d’appréhender une situation du point de vue d'une femme. Une voie possible vers la mobilisation des deux sexes contre le harcèlement et l'agression sexuelle, espère Bongiorno.

70% des plaintes pour viol classées sans suite en France

En France, 70 % des plaintes pour viol – 60 % pour les mineures – sont classées sans suite. "Les viols les plus fréquents sont ceux qui ont le plus de risque d’être classés sans suite. Ce sont les viols sans violence, les viols par partenaire, les viols sur de jeunes enfants, les viols incestueux paternels dénoncés par les mères, les viols sur des personnes handicapées, marginalisées", déplore la psychiatre Muriel Salmona, spécialiste des violences sexuelles, au site bastamag.net dans un article consacré au sujet en 2017.

La principale explication de ce classement sans suite est le manque de clarté du récit. Estimant ne pas avoir suffisamment d’éléments, les magistrats décident souvent de ne pas poursuivre l’affaire. Autre raison et pas des moindre : la prescription, qui permet à de nombreux agresseurs de passer entre les mailles du filet. Alors qu’elle était de 10 ans pour les viols et tentatives de viol commis sur des majeurs et de 20 ans après la majorité pour les mineurs, le gouvernement l’a récemment allongée de dix ans dans les deux cas.

"Cet allongement permettra de donner aux victimes le temps nécessaire à la dénonciation des faits, et prend notamment en compte le phénomène de l'amnésie traumatique", écrivait-il alors sur son site officiel en octobre 2018. Mais en dépit de ces modifications, plusieurs associations continuent de réclamer l’imprescriptibilité des violences sexuelles.

 

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