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QUESTION D'ACTU

Anxiété et dépression

Stress post-traumatique : améliorer la prise en charge des femmes après une fausse couche

Un mois après la perte de grossesse, une femme sur trois souffrirait de stress post traumatique. Neuf mois plus tard, une sur six en serait encore atteinte. Les chercheurs insistent donc sur l'importance d'une meilleure prise en charge. 

Stress post-traumatique : améliorer la prise en charge des femmes après une fausse couche bunditinay/iStock

  • Publié 21.01.2020 à 19h30
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Chaque année, 20% des femmes enceintes font une fausse couche environ. Ce terme désigne l’arrêt spontané d’une grossesse, soit avant 15 semaines d’aménorrhée (absence de règles ou de menstruation) dans le cas des fausses couches précoces, soit entre la 15e et la 22e semaine d’aménorrhée pour les fausses couches tardives. Bien évidemment, cette expérience est très douloureuse et traumatisante pour une femme, mais on ignorait encore à quel point. D’après une nouvelle étude parue dans l’American Journal of Obstetrics and Gynecology, un mois après la perte de grossesse, une femme sur trois serait dans état de stress post-traumatique (ESPT). Neuf mois plus tard, une sur six serait encore traumatisée. Les chercheurs alertent donc sur le besoin de renforcer la prise en charge psychologique d’une femme après sa fausse couche. 

Pour en arriver à cette conclusion, des chercheurs de l’Imperial College London (Royaume-Uni) et de l’université KU Leuven (Belgique) ont suivi 650 femmes qui avaient vécu une fausse couche précoce ou extra-utérine (qui se développe en dehors de l’utérus et n’est donc pas viable). Les participantes ont dû remplir un questionnaire précisant leurs émotions et comportement un mois après la perte de grossesse puis trois et neuf mois après.

En comparant leurs réponses à celles de 171 femmes ayant mené leur grossesse à terme, ils ont réalisé qu’un mois après la perte de grossesse, 29% des femmes souffraient de stress post-traumatique. Ces femmes déclaraient revivre les sensations associées à la perte de grossesse, avoir des pensées incontrôlables sur leur fausse couche et des flash-back, faire des cauchemars et éviter tout ce qui pouvait évoquer la perte de grossesse. 

Le traitement “doit changer”

Dans le détail, 24% d’entre elles présentaient de l’anxiété et une sur dix était en dépression. Neuf mois plus tard, 18% des participantes étaient toujours dans cet état (17% ressentaient de l’anxiété et 6% étaient atteintes de dépression). “Pour de nombreuses femmes, ce sera l'événement le plus traumatisant de leur vie”, explique le professeur Tom Bourne, gynécologue-conseil et co-auteur de l’étude, dans un communiqué. Aussi, selon les chercheurs, il est indispensable d’améliorer les soins et le suivi de ces femmes.

“Le traitement que les femmes reçoivent à la suite d'une perte de grossesse précoce doit changer pour refléter son influence psychologique, et les récents efforts visant à encourager les gens à parler plus ouvertement de cette question très courante sont un pas dans la bonne direction. Alors qu'un soutien et des conseils généraux aideront de nombreuses femmes, celles qui présentent des symptômes importants de stress post-traumatique ont besoin d'un traitement spécifique si elles veulent se rétablir complètement. Ce traitement n'est pas largement disponible, et nous devons envisager le dépistage des femmes à la suite d'une perte précoce de grossesse afin de pouvoir identifier celles qui ont le plus besoin d'aide”, précise-t-il. 

“Pendant trop longtemps, les femmes n'ont pas reçu les soins dont elles ont besoin à la suite d'une fausse couche et cette recherche montre l'ampleur du problème. Les services de fausse couche doivent être modifiés pour s'assurer qu'ils sont accessibles à tous, et les femmes font l'objet d'un suivi pour évaluer leur bien-être mental, un soutien étant offert à celles qui en ont besoin, et des conseils sont régulièrement donnés pour se préparer à une grossesse ultérieure”, commente quant à elle Jane Brewin, du Tommy’s National Centre for Miscarriage Research de l’Imperial College.

Briser l’omerta 

Pour autant, l’étude pourrait présenter quelques limites. En effet, les femmes présentant des symptômes de stress post-traumatique pourraient être plus susceptibles de répondre au questionnaire, ce qui pourrait expliquer pourquoi le nombre de femmes souffrant de ces signes psychologiques serait si élevé. Toutefois, si une si grande proportion de femmes sont dans cette souffrance, elles pourraient être également très nombreuses à souffrir en silence.

Or, le stress post-traumatique peut avoir “un effet toxique sur tous les éléments de la vie d'une personne — affectant le travail, la maison et les relations, rappelle la docteure Jessica Farren, première autrice de l’étude et obstétricienne et gynécologue. Nous avons fait des progrès importants au cours des dernières années pour briser le silence autour des questions de santé mentale pendant la grossesse et après la naissance, mais les pertes de grossesse en début de grossesse sont encore entourées de secret, et on reconnaît très peu à quel point elles sont un événement bouleversant et profond. De nombreuses femmes ne disent pas à leurs collègues, à leurs amis ou à leur famille qu'elles sont enceintes avant l'examen de 12 semaines, ce qui les empêche de parler de leurs émotions si elles subissent une perte de grossesse”, précise-t-elle.

Mais cet événement traumatique n’affecte pas que la femme. “Nous savons également que les partenaires peuvent souffrir de détresse psychologique à la suite d'une fausse couche ou d'une grossesse extra-utérine, et nous étudions cette question dans le cadre de recherches en cours.” 

Une maladie qui peut durer toute la vie

Désormais, les chercheurs travailleront à essayer d’identifier les femmes qui risques de développer des symptômes psychologiques après une fausse couche, sur l’impact de cette dernière sur les partenaires ainsi que sur le meilleur type de traitement et comment l’administrer.

Cette étude “montre clairement qu'une fausse couche ou une grossesse extra-utérine peut avoir des répercussions profondes et durables sur la santé mentale des femmes et nous sommes impatients de voir comment cette importante recherche peut se traduire par de meilleurs soins pour les patients et leur famille à l'avenir”, conclut Ian Lush, chef de la direction de l’Imperial Health Charity.

L’état de stress post-traumatique se manifeste chez des personnes ayant vécu une situation durant laquelle leur intégrité physique ou psychologique ou celle de leur entourage a été menacée ou atteinte. Dans les pays en difficulté, jusqu’à 12% de la population pourrait être atteinte de cette maladie chronique. Les personnes qui en souffrent rapportent des cauchemars, des flash-backs d'événements traumatiques, de l'anxiété, de la peur et de l'hyper vigilance. Elles évoquent également un engourdissement émotionnel, de la colère et un comportement violent, ainsi que l'abus de drogues et d'alcool.

L’ESPT peut durer toute la vie s’il n’est pas traité efficacement. Les traitements psychothérapeutiques reposent sur les thérapies cognitivo-comportementales, la désensibilisation par des mouvements oculaires (EMDR) et l’hypnose. Malheureusement, en raison du tabou autour de cette maladie et quelque fois du manque de soins adaptés pour les populations qui en auraient le plus besoin, de nombreuses patients ne sont pas pris en charge.

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