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L’efficacité des antidépresseurs liée au microbiote intestinal?

Lorsqu'un état dépressif résulte du déséquilibre du microbiote intestinal, les antidépresseurs appartenant à la famille des ISRS — comme le Prozac — se révèlent inefficaces. C'est ce que montre une étude menée en France.

L’efficacité des antidépresseurs liée au microbiote intestinal? fizkes/iStock

  • Publié le 10.04.2020 à 12h00
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L'ESSENTIEL
  • Certains antidépresseurs se révèlent inefficaces dans le traitement de la maladie
  • Un déséquilibre du microbiote intestinal explique l'absence d'effet des médicaments inhibiteurs de recapture de la sérotonine

Le microbiote est défini par le Larousse comme “l'ensemble des bactéries, virus et levures vivant dans un milieu déterminé”. Le microbiote intestinal est le plus important que possède l'être humain. En effet, il contient près de 100 000 milliards de micro-organismes, soit 2 à 10 fois plus que le nombre de cellules présentes dans le corps, pour un poids total de 2 kilos. Essentiellement situé dans l'intestin grêle et le colon, il joue un rôle dans les fonctions digestive, métabolique, immunitaire, et neurologique.

Si la communauté scientifique avait déjà prouvé une corrélation entre un déséquilibre dans le microbiote intestinal et le développement de troubles neurologiques ou psychiatriques, à l'instar de la dépression, des chercheurs se sont intéressés aux mécanismes sous-jacents de cette causalité. L'équipe, issue de l'Institut Pasteur, du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), a publié ses résultats dans une étude parue dans la revue scientifique américaine Cell Reports.

Dépression : une faible teneur sanguine en tryptophane en cause

Pour mener à bien leurs travaux, les chercheurs ont conduit des expériences sur des souris. Ils ont transféré le microbiote intestinal des animaux souffrant de stress chronique imprédictible (UCMS) à des souris saines. Résultat : quelques jours après le transfert, les souris receveuses ont commencé à exprimer un comportement similaire à celui de la dépression, se manifestant par la perte du plaisir, l'apathie, ou encore une baisse de motivation.

L'équipe a ainsi constaté la faiblesse de la teneur sanguine en acides aminés — il s'agit des molécules qui entrent dans la composition des protéines et leur confèrent des propriétés chimiques spécifiques — des souris présentant une population bactérienne déséquilibrée. Le tryptophane, entre autres, était particulièrement concerné. Le problème : il s'agit de l'acide aminé précurseur de plusieurs composés, dont la sérotonine, le neurotransmetteur qui accompagne les humeurs positives.

Un état dépressif résistant aux antidépresseurs de la famille des ISRS

“Nous avons montré que la disparition de certaines familles de bactéries intestinales porte un préjudice à la teneur sanguine en acides aminés de l’hôte et que le simple déséquilibre du microbiote intestinal suffit à produire un état dépressif qui, de plus, se montre résistant aux actions d’une famille d’antidépresseurs”, explique Pierre-Marie Lledo, directeur de recherche au CNRS, dans un communiqué de presse.

Les antidépresseurs auxquels le scientifique fait allusion sont les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) — à l'instar du Prozac — majoritaires dans nombre de pays. En dehors des états dépressifs, ils peuvent être prescrits pour l'anxiété généralisée, le stress post traumatique, les phobies sociales, ou encore les troubles obsessionnels compulsifs.

Des métabolites dérivés de l’activité bactérienne pour “restaurer l’efficacité des antidépresseurs”

En injectant un antidépresseur appartenant à la famille des ISRS aux souris receveuses, dont la dépression résultait d'un microbiote intestinal déséquilibré, les chercheurs ont constaté que le médicament se révélait inefficace. Ils ont ensuite mené la même expérience, après avoir complémenter l'alimentation des animaux par des métabolites que produisent habituellement les bactéries intestinales, à l'instar du 5-Hydroxytryptophane.

“Nous sommes parvenus à restaurer l’efficacité des antidépresseurs”, assure Gérard Eberl, responsable de l’unité Microenvironnement et immunité à l’Institut Pasteur. Pour les chercheurs, cette étude pourrait expliquer pourquoi 30% des patients sous antidépresseurs ne ressentent pas les effets bénéfiques du traitement.

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