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Covid-19

Des médecins généralistes réclament des réponses sur la gestion des masques

La grosse épidémie de coronavirus passée, de nombreux médecins prennent la parole pour dénoncer le manque de matériel et les promesses non tenues par le gouvernement. Au premier rang des critiques : la gestion des masques.

Des médecins généralistes réclament des réponses sur la gestion des masques anyaberkut/iStock

  • Publié le 05.06.2020 à 16h30
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L'ESSENTIEL
  • SOS Médecins évalue à 16 % le nombre de ses médecins contaminés et l’Ordre des médecins estime qu’une trentaine de praticiens libéraux sont décédés en France, des chiffres en dessous de la réalité.
  • Le gouvernement a promis des masques pour les médecins mais ceux-ci ont mis du temps à arriver, laissant les soignants seuls face au virus.
  • Un élan de solidarité entre citoyens a permis à de nombreux médecins de bénéficier de masques.
  • 600 soignants ont porté plainte contre Olivier Véran, ministre de la Santé.

En première ligne face à l’épidémie de coronavirus aux côtés des hôpitaux, les médecins généralistes ont décidé de faire entendre leur voix pour dénoncer le manque de protection dont ils ont bénéficié pour affronter l’épidémie. “On est parti au combat sans rien”, résume amèrement Jean-Paul Ortiz, médecin à Perpignan et président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), à Pourquoi docteur. Il n’existe pas de données précises sur le nombre de médecins libéraux contaminés et morts pendant l’épidémie du Covid-19. SOS Médecins évalue à 16 % le nombre de ses médecins contaminés et l’Ordre des médecins estime qu’une trentaine de praticiens libéraux sont décédés en France. “Un chiffre sans doute en-dessous de la réalité, explique le vice-président du Conseil national de l’Ordre des médecins, Jean-Marcel Mourgues, à la cellule investigation de Radio France, car les conseils départementaux de l’Ordre ne sont pas systématiquement prévenus par les familles de la cause du décès.”

“Des morts pour la France”

Au moment du déclenchement de l’épidémie, les stocks nationaux de masque étaient beaucoup trop faibles pour protéger l’ensemble des soignants. “Il y avait 130 millions de masques chirurgicaux disponibles au début de l’épidémie alors que quelques années plus tôt, quand Roseline Bachelot était ministre de la Santé, il y avait 1 milliard de masques chirurgicaux en réserve et 700 millions de FFP2, regrette Jean-Paul Ortiz. Que s’est-il passé entre-temps et, surtout, pourquoi ces stocks n’ont-ils pas été renouvelés ? Ce sont des questions auxquelles il faut que le gouvernement apporte une réponse claire aux soignants. Il y a eu des morts pour la France.

Dans le même temps, le gouvernement a lancé la promesse de mettre des masques à disposition de tous les soignants, et ce dès le début de la crise sanitaire. “On a été un peu baladé, constate le président de la CSMF. Chaque semaine on nous disait que le lundi suivant, il y aurait 12 masques disponibles par soignant dans les pharmacies mais à chaque fois il n’y avait rien et il fallait attendre environ deux semaines.” Si le gouvernement a fait défaut, Jean-Paul Ortiz pointe une chaîne de solidarité qui s’est mise en place pour pallier ce manque. Des menuisiers, des chirurgiens-dentistes, des travailleurs du secteur de la construction, des déchets… “Beaucoup ont aidé et se sont volontairement présentés pour nous offrir des masques de protection”, applaudit le médecin.

Des médecins ont porté plainte

Tous n’ont pas pu bénéficier de cet élan de solidarité et ont pâti du manque de protection. C’est par exemple le cas de Didier Benovici, médecin généraliste à Paris décédé pendant la crise de coronavirus. Refusant de fermer son cabinet alors que l’épidémie était au plus haut, il n’a pas résisté au virus. “Mon père a voulu se faire tester, mais on lui a refusé, parce qu’il n’avait pas de symptômes, raconte sa fille Aurélie à Radio France. Les jours qui ont suivi, il a eu une petite toux. Il a fait un test qui a été positif. Il a été transféré rapidement à l’hôpital Lariboisière. Ses poumons étaient très attaqués. Son état s’est dégradé rapidement et il est mort après trois semaines en réanimation”.

La grosse vague épidémique passée, les médecins ont un goût amer envers la gestion de la crise par l’État. “Ils nous ont annoncé qu’on allait avoir des masques et on ne les a pas eus. Ils ont mis un bon mois avant d’être honnêtes, fulmine Jean-Paul Hamon, de la Fédération des médecins de France, à Radio France. Ils ne nous ont jamais dit qu’ils manquaient de masques. Ils étaient complètement à la rue. Ils ont fini par nous expliquer que des centaines de millions de masques avaient été commandés, mais que, comme ils étaient essentiellement fabriqués à Wuhan, ils avaient des difficultés à s’approvisionner parce que le monde entier en réclamait.”

Certains médecins ont fait le choix de porter plainte, soutenus par plus de 600 personnels de santé, contre Olivier Véran, le ministre de la Santé. Des plaintes contre Agnès Buzyn, l'ancienne ministre de la Santé, et le Premier ministre Édouard Philippe ont également été déposées. De son côté, Jean-Paul Ortiz n’ira pas jusque-là mais il entend bien avoir des réponses claires. “Je suis dans la logique de comprendre de ce qu’il s’est passé, annonce-t-il. C’est l’ensemble de la chaîne de décision et d’organisation qu’il faut revoir pour que cela ne se reproduise pas.”

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