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Entretien

Psychiatre en vacances : “Je ne pars jamais plus de 15 jours car ce serait très déstabilisant pour mes patients”

Pour les personnes en thérapie, les vacances d'été sont synonymes d'une coupure dans leur suivi. Selon la psychiatre Claire Lewandowski, la clé est d'anticiper et de préparer cette période en amont avec les patients.

Psychiatre en vacances : “Je ne pars jamais plus de 15 jours car ce serait très déstabilisant pour mes patients” Lorenzoantonucci/iStock

  • Publié le 09.08.2020 à 14h00
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Claire Lewandowski, psychiatre, suit principalement des patients atteints de troubles anxieux ou dépressifs, voire les deux. Pour elle, les vacances d'été sont loin d'être anodines. Afin de perturber le moins possible les personnes qu'elle reçoit en consultation, la professionnelle de santé recommande de préparer au mieux cette période. Un maître-mot : l'anticipation.

Les vacances sont-elles une période angoissante pour les personnes en thérapie ?

Les vacances consistent à sortir de sa zone de confort, se tester, changer ses habitudes : cela peut être très déstabilisant pour beaucoup de patients. Pour certains, le ‘vide', le fait de ne rien avoir de prévu, est compliqué à gérer. Dans ce cas, il est important de préparer quelques activités, une sorte de programme, en amont. C'est rassurant.

Malgré tout, certains patients préfèrent ne pas partir en vacances. Cela peut être des schizophrènes, des patients anxieux ou dépressifs non stabilisés, des personnes atteintes de troubles du comportement alimentaire, ou encore des patients obsédés par la routine alimentaire. Ils considèrent que partir déstabiliserait trop leur quotidien. 

Mes patients hypocondriaques sont dans le même cas, surtout en ce moment : pour eux, c'est insupportable de s'exposer au risque de contracter la Covid-19. Parfois, ce n'est pas tant au moment des vacances que les patients auront une crise d'angoisse, mais à l'avance : on parle d'anxiété d'anticipation. Ils seront un peu plus stressés qu'avant et auront tendance à changer leurs habitudes. Ces moments peuvent être plus difficiles à gérer, avant de connaître un soulagement pendant les vacances.

Le départ en vacances présente-t-il un intérêt dans le travail effectué avec le patient ? 

Les vacances peuvent représenter une période vraiment thérapeutique car, à la rentrée, cela permet de reprendre les choses sur lesquelles il y a eu des difficultés. Cela questionne ce qui a posé le plus de problèmes pour travailler dessus par la suite : c'est comme un test dans l'année qui peut être utilisé comme un outil thérapeutique. Analyser les vacances peut vraiment être intéressant.

Comment réagissent vos patients quand vous partez en vacances ?

Je me restreins. Je ne pars jamais plus de 15 jours, car je sais que ce serait très déstabilisant pour le suivi de mes patients ; je pense que beaucoup de collègues sont dans mon cas. Il est arrivé que des patients soient contrariés quand je leur disais que j'allais prendre des vacances, donc je leur annonce toujours un mois à l'avance.

De cette manière, j'ai remarqué qu'ils se projettent mieux et acceptent davantage mon absence : cela permet d'anticiper. Si je les prévenais au dernier moment, ce serait un choc. Je pourrais m'attendre à des réactions comme : ‘Comment est-ce que je vais faire sans vous ?', ‘Comment est-ce que cela se passera si j'ai une crise de panique ?'.

De quelle manière faudrait-il gérer la coupure des vacances d'été ?

Je pense que c'est essentiel d'anticiper en fonction de la durée de l'absence, pour la préparer au mieux avec ses patients. Il y a différentes possibilités : tout dépend de la pathologie. La solution la plus simple consiste à proposer un rendez-vous juste avant le départ et programmer au même moment le prochain pour qu'il coïncide pile avec le retour. On peut aussi mettre en place des téléconsultations si les vacances du patient le permettent.

Comment se passe la préparation des vacances ?

Pendant un rendez-vous, j'entre un petit peu dans la projection de ce qu'il va se passer lors de mes vacances ou de celles du patient. Il faut se demander dans quel contexte il sera, ce qui l'angoisse le plus, ce qu'il anticipe, quelles sont ses attentes, ce que je peux lui apporter pour que la coupure se passe au mieux… C'est souvent la crainte de l'inconnu et la perte des repères, des rituels quotidiens, qui se manifestent.

Dans ce cas, l'idée est de garder un certain rythme, de conserver des horaires de coucher et de lever aussi proches que ceux du quotidien. C'est important, non seulement pour pouvoir prendre les médicaments s'il y en a, mais aussi parce que se coucher et se lever plus tard que d'habitude est susceptible de vite dérégler toute une journée.

On peut adopter une alimentation non équilibrée, ou encore prendre des produits excitants qui peuvent donner des crises d'angoisse ou des baisses de moral. Du point de vue pratique, il vaut mieux prévoir des ordonnances en avance, au cas où. Cela arrive que l'on donne un comprimé anxiolytique de manière ponctuelle, si besoin, pour des moments où l'angoisse liée à l'inconnu et à la peur du changement est trop forte.

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