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QUESTION D'ACTU

Journée Internationale le 28 février

«Dans les maladies rares, il y a un risque important d'errance diagnostique»

A l'occasion de la Journée Internationale des Maladies rares le 28 février, Pourquoi Docteur a rencontré le Dr Nadia Belmatoug, spécialiste de la maladie de Gaucher qui touche 500 personnes en France. Elle fait le point sur cette maladie et plus généralement sur les difficultés rencontrées pour le diagnostic et la prise en charge de ces maladies rares.

\ frikota/iStock

  • Publié le 27.02.2021 à 09h00
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- Pourquoi Docteur : Vous êtes spécialiste d’une maladie rare, la maladie de Gaucher, qui toucherait en France environ 500 personnes. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est cette maladie ?

Dr Nadia Belmatoug : C’est une maladie qui touche les lysosomes, des petits sacs qui sont dans le cytoplasme des cellules et qui contiennent des enzymes qui vont servir à découper les substances en fin de vie qui doivent être dégradées pour être éliminées. Dans cette maladie génétique, ces enzymes sont déficitaires et les substances vont s’accumuler dans les lysosomes et les encombrer, ce qui vient perturber la machinerie cellulaire en entraînant une inflammation, une fibrose et d’autres dégâts irréversibles. Les maladies lysosomiales sont chroniques, dégénératives et handicapantes

- Comment se traduit la maladie de Gaucher sur l’état de santé des patients ?

Les organes infiltrés –cela peut concerner la rate, le système nerveux central, les os, le foie -vont grossir, augmenter de volume. C’est une maladie qui peut commencer dès l’enfance, voire in-utéro, et qui s’aggrave avec le temps. Cette évolution chronique s’accompagne d’accidents qui marquent une aggravation de l’état du patient. C’est à l’occasion de ces événements cliniques que le diagnostic va être fait.

Ce sont des maladies très hétérogènes qui peuvent être graves chez certains patients, moins chez d’autres. Celle qui touchent le système nerveux central sont les plus graves car ils se traduisent par des atteintes aux fonctions cognitives ou par la survenue de handicaps. Dans la maladie de Gaucher, c’est la dégradation des cellules sanguines qui est concernée et les substrats s’accumulent dans la rate, le foie ou les os, plus rarement dans le système nerveux central.

- Comment une maladie aussi hétérogène peut se diagnostiquer ?

Le diagnostic se fait le plus souvent à partir du constat d’une grosse rate ou d’un gros foie qui entraîne une baisse des globules rouges et des plaquettes. On a donc des saignements, des hématomes, un risque hémorragique de l’anémie ou des douleurs osseuses. Mais la rate est un organe profond difficile à palper et les grosseurs du foie peuvent avoir de multiples origines. On pense donc d’abord à des maladies fréquentes avant de penser à une maladie rare. C’est pour cela qu’il y a un risque important d’errance diagnostique.

- Cette difficulté à poser un diagnostic, quelles sont ses conséquences ?

La principale conséquence c’est que le diagnostic est souvent fait 5 voire 10 ans après l’apparition des premiers symptômes. Les patients qui consultent mais ne voient pas leur état s’améliorer ne comprennent pas que leur médecin leur dise « je ne sais pas » et ont le sentiment d’être abandonnés. C’est pour cette raison que la tâche des généralistes est compliquée dans ces maladies. Quand ils ne trouvent pas la cause des symptômes, ils doivent avoir une culture du doute qui les pousse à orienter le patient vers des centres de référence qui existent sur ces maladies, il y a plus d’une centaine de des centres en France.

- Quels sont les traitements pour cette maladie de Gaucher ?

Au départ, vers 1990, il y a eu un traitement issu du placenta humain mais on ne le donnait que pour les cas graves à cause des doutes nés de l’affaire des hormones de croissance. Il y a eu ensuite vers 1996 des traitements enzymatiques substitutifs : l’enzyme manquant, on la donne à travers des injections intraveineuses, tous les 15 jours, à vie et dans un cadre hospitalier ou d’hospitalisation à domicile. Heureusement, la recherche vient de permettre la mise au point d’un nouveau traitement à partir d’inhibiteur de substrat : on ne donne plus l’enzyme qui manque, on traite directement les substances non dégradées. L’avantage c‘est que ce traitement peut s’administrer par voie orale, mais il peut pour certains cas y avoir des contre-indications. Les patients sont pris en charge à 100 % et malgré le coût élevé de ces traitements, il n’y a heureusement jamais eu de limites posées à sa prescription par les autorités de santé.

- Mais tous les patients atteints de cette maladie sont-ils aujourd’hui diagnostiqués et traités ?

Comme on dispose aujourd’hui de ces traitements sûrs et efficaces, c’est encore plus dommage de passer à côté d’un diagnostic, ce qui arrive encore souvent. La difficulté dans les maladies rares, c’est que l’on n’est que peu d’experts. Moi-même qui suis au départ rhumatologue, je suis venue à m’intéresser à la maladie de Gaucher à partir du cas d’un patient qui avait des symptômes et une grosse rate et dont j’ai appris qu’il y avait d’autres cas dans sa famille dont une sœur qui avait été diagnostiquée à l’hôpital comme étant atteinte de cette maladie. Je me suis intéressée à ce cas et à partir des informations que j’avais recueillies, j’ai pu poser le diagnostic et j’ai ensuite élaboré une base de données, travaillé avec des associations de patients et participé aux travaux sur les traitements.

- Le plan maladies rares 2018-2022 at-il permis de nouvelles avancées ?

Oui, et elles sont beaucoup plus importantes que dans les plans précédents. Le premier avait permis la mise en place des centres de référence, le deuxième celle des filières de santé « maladies rares » qui regroupent les centres de référence. Ce troisième plan a permis d’avancer sur la constitution et l’utilisation des bases de données pour mieux connaître ces maladies et sur l’établissement d’un protocole national de soins. Car le meilleur moyen d’éviter l’errance diagnostique, c’est d’améliorer le parcours de soins et de permettre un meilleur accès des professionnels de santé aux informations dont on dispose aujourd’hui sur ces maladies.

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