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Cancer

ASCO : certaines bactéries du microbiote boostent l’immunothérapie

Les patients qui ont la chance d’avoir la bactérie intestinale Akkermansia Mucinphila ont une meilleure réponse aux traitements par immunothérapie.

ASCO : certaines bactéries du microbiote boostent l’immunothérapie image_jungle/iStock

  • Publié le 09.06.2021 à 16h30
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L'ESSENTIEL
  • Chez les patients qui possèdent la bactérie Akkermansia Mucinphila, l'immunothérapie réduit la taille de leur tumeur et augmente leur espérance de vie.
  • Les chercheurs vont travailler à la mise au point une pilule d’Akkermansia pour la générer dans le microbiote de ceux qui en sont dépourvus.

Le microbiote a un impact sur la santé qui se révèle chaque jour plus important. Sa composition va même jusqu’à influer sur les effets des traitements contre les cancers. Au cours de l’ASCO, le congrès international d’oncologie qui s’est tenu virtuellement du 4 au 8 juin, des chercheurs français de l’institut Gustave-Roussy de Villejuif ont présenté les résultats d’une étude montrant que les patients qui possèdent la bactérie intestinale Akkermansia Muciniphila (AKK) ont une meilleure réponse aux traitements par immunothérapie.

Une tumeur rétrécit, une espérance de vie augmentée

Pour comprendre l’importance du microbiote et de la bactérie intestinale AKK, Jean-Jacques Trochon, un patient de 59 ans qui a vaincu un agressif cancer du rein avant d’affronter un cancer du poumon, prend l’exemple des ruches des abeilles. “Imaginez-le comme une ruche, où bourdonnent des milliards de bactéries. Il y en a des insignifiantes et des très utiles. Parmi elles, une est la reine des reines : ‘Akkermansia muciniphila’”, a-t-il imagé au Parisien.

Pour leur étude, les chercheurs ont analysé les selles de 311 malades souffrant d’un cancer du poumon. Parmi eux, 50% ont la bactérie AKK. “Le résultat est que ceux qui ont cette bactérie en quantité normale répondent mieux à leur traitement par immunothérapie que ceux chez qui elle est absente. La taille de leur tumeur a été réduite et leur survie globale augmentée. Près de 57 % des patients avec AKK étaient toujours en vie à douze mois, contre 43 % pour le groupe sans. L’écart est significatif”, a rapporté la docteure Lisa Derosa, chercheuse en immunologie des tumeurs et immunothérapie.

Une clinique du microbiote

Cette découverte amène de nombreux espoirs pour les chercheurs de pouvoir mieux guérir les patients. Il ne s’agit pas de simplement dire qu’il y a d’un côté les chanceux qui possèdent la bactérie et de l’autre côté ceux qui ont le malheur de ne pas l’avoir. “L’idée pour nous est bien de se servir de cette information pour mieux adapter le traitement, mais aussi d’explorer toutes les pistes pour générer la bactérie dans le microbiote”, a précisé Lisa Derosa.

Pour cela, les chercheurs vont créer une clinique du microbiote, ClinicObiome. L’objectif est d’avoir un programme pour réguler le microbiote et en faire une nouvelle arme contre le cancer. L’un des premiers objectifs sera justement de mettre au point une pilule d’Akkermansia. “Ce serait comme un complément alimentaire, à prendre de manière orale. Elle pourrait être donnée, si besoin, avant de commencer l’immunothérapie afin d’éviter une résistance à celle-ci”, dévoile la chercheuse.

Autre piste : le régime alimentaire cétogène dont l’objectif est de réduire drastiquement l’apport en glucide pour le remplacer par du gras et ses lipides. “C’est quelque chose de sérieux, on l’a vu dans des études américaines sur le cancer du sein et dans des travaux menés sur la souris”, affirme la docteure. Une étude est déjà programmée et commencera dans quelques mois à l’institut et testera cette technique sur 60 patients. “Cette étude est très importante. Mais, à terme, l’idéal serait vraiment d’aboutir à la création de la pilule car ce régime reste très dur, je l’ai moi-même essayé pour comprendre, confie Lisa Derosa. Il est intéressant mais demande un grand changement dans les habitudes.”

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