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Cancer du poumon : pourquoi il faut aller plus loin dans le dépistage

Alors qu’en France, les professionnels de santé plaident pour un dépistage élargi du dépistage du cancer du poumon, une nouvelle étude menée au Royaume-Uni auprès de groupes à haut risque montre tout l’intérêt du dépistage précoce pour améliorer la prise en charge et réduire la mortalité.

Cancer du poumon : pourquoi il faut aller plus loin dans le dépistage peakSTOCK/iStock

  • Publié le 14.09.2021 à 09h00
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L'ESSENTIEL
  • Un premier essai mené au Royaume-Uni auprès de personnes à risque de développer un cancer du poumon souligne les effets positifs du dépistage précoce sur la prise en charge de la maladie et la mortalité.
  • En France, aucun dépistage systématique du cancer du poumon n'est pour l'heure organisé, la Haute Autorité de santé avançant notamment que l'imagerie génère trop de faux positifs.

Avec 33 117 décès estimés en 2018 en France, le cancer du poumon reste aujourd’hui la première cause de mortalité par cancer dans le pays. En 2018, 31 231 hommes et 15 132 femmes ont reçu un diagnostic de cancer du poumon, après avoir été dépistés individuellement. Or, pour mieux prendre en charge cette maladie et surtout en limiter la mortalité, il est urgent de systématiser le dépistage par tomodensitométrie (LDCT), en particulier auprès des personnes à haut risque.

C’est ce que montrent les résultats de l'essai UK Lung Screening Trial (UKLS), le premier essai de dépistage du cancer du poumon par tomodensitométrie au Royaume-Uni. Présentés lors de la conférence mondiale de l'International Association for the Study of Lung Cancer 2021 et publiés dans le Lancet Regional Health Europe, ils apportent une nouvelle preuve de l’intérêt de fournir plus d’efforts dans le dépistage du cancer du poumon.

Se faire dépister pour réduire la mortalité

L’essai reposait sur l’évaluation de personnes âgées de 50 à 75 ans et susceptibles de développer un cancer du poumon sur cinq ans grâce au score de risque LLP. D'octobre 2011 à février 2013, les chercheurs ont réparti de manière aléatoire 4 055 participants à haut risque entre une invitation unique au dépistage par LDCT et l'absence de dépistage (soins habituels). Ils ont ensuite recueilli les données sur les cas de cancer du poumon et les décès jusqu'au 29 février 2020 grâce à un lien avec les registres nationaux, soit pendant en moyenne sept ans.

Les résultats sont édifiants. Dans le premier groupe de 1 987 participants ayant reçu un dépistage, 86 cancers du poumon ont été diagnostiqués. Dans le second groupe sans dépistage de 1 981 patients, 75 cancers ont été diagnostiqués. 30 décès par cancer du poumon ont été signalés dans le groupe de dépistage, et 46 dans le groupe de contrôle. Le bénéfice en termes de mortalité par cancer du poumon a été observé de manière plus frappante au cours des années 3 à 6 après la randomisation. De manière générale, le dépistage par LDCT est associé à une réduction de 16 % du cancer du poumon.

Pour le Pr John Field, de l'Université de Liverpool, ces résultats "donnent l'impulsion nécessaire pour mettre en place un programme de dépistage à long terme du cancer du poumon ou de santé pulmonaire intégrant le dépistage par LDCT au Royaume-Uni et pour encourager les pays européens à lancer leurs propres programmes. La détection précoce du cancer du poumon et l'intervention chirurgicale sauvent des vies".

"Ces résultats s'ajoutent aux preuves internationales que le dépistage par tomodensitométrie à faible dose réduit le risque de décès par cancer du poumon, abonde le Pr Stephen Duffy, de l'université Queen Mary et principal statisticien de l’essai. Ils démontrent également que ce dépistage peut fonctionner au Royaume-Uni. Le scanner à faible dose peut être ajouté à l'arsenal des outils potentiels de lutte contre le cancer du poumon."

Et en France ?

Bien que le dépistage soit un enjeu majeur pour le cancer du poumon, souvent détecté à un stade avancé, la France ne pratique pas encore de dépistage organisé systématique. En 2016, la Haute Autorité de santé (HAS) a conclu que "les conditions ne sont actuellement pas réunies pour que ce dépistage soit possible et utile".

Pour justifier sa décision, la HAS avançait notamment que le cancer du poumon est "difficilement détectable à un stade précoce à cause de sa rapidité d’évolution". "Il n’est pas clairement établi qu’il existe une période suffisamment longue - entre le moment où une anomalie est décelable à l’imagerie et l’apparition des premiers symptômes - pour mener un dépistage". Elle expliquait aussi que "le scanner thoracique génère trop de faux positifs (jusqu’à 90% des anomalies trouvées au scanner s’avèrent non cancéreuses après examen) et reste irradiant même à faible dose".

Les choses pourraient changer dans les prochaines années, a expliqué à Pourquoi Docteur le Pr Christos Chouaid, pneumologue et spécialiste du cancer du poumon au centre hospitalier intercommunal de Créteil, qui plaide pour une extension du dépistage organisé par scanner bas débit aux plus de 50 ans. Le discours d’Emmanuel Macron en février dernier pour présenter sa stratégie décennale pour le cancer a d’ailleurs remis la lutte contre le cancer du poumon et son dépistage au centre du 4e Plan Cancer. "Je pense que c’est le moment de mettre en place des expérimentations, qui peuvent varier en fonction des contextes, des régions et des situations", explique le Pr Chouaid, qui souhaite "une prise en charge en même temps que le dépistage du cancer du poumon en fonction du risque tabac". "C’est-à-dire d’être capable à l’occasion de ces dépistages du cancer du poumon d’offrir une prise en charge globale du patient pour offrir aux fumeurs actifs un sevrage tabagique, qui reste l’action de santé publique la plus efficace."

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