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QUESTION D'ACTU

Façonnés par notre histoire


  • Publié 23.04.2012 à 06h00
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L’épigénétique est un terme bizarre pour une nouvelle très importante : l’arrivée de la médecine prédictive. C’est un mot que de très nombreux médecins ne connaissent pas encore. Ce terme signifie que nos gènes ne sont pas toujours modifiés de façon spectaculaire, c’est-à-dire des mutations par morceaux entiers, mais qu’ils peuvent être transformés de façon très subtile, même par notre environnement et sur l’échelle d’une vie.
On a plusieurs preuves simples de ce que j’avance : par exemple, cette étude faite sur l’alimentation d’une population en fonction des récoltes a montré qu'une grand-mère ayant vécu une famine transmet cette information à sa descendance et, par conséquent, modifie l'ADN de son petit-fils, qui peut développer des maladies alors que, lui, n'a jamais connu la famine.
De même, les femmes enceintes durant les événements du 11 septembre 2001 ont montré que leurs enfants possédaient un taux de cortisol plus élevé. Le cortisol est une substance sécrétée en cas de stress.

Cela signifie que certaines maladies ne sont pas dues à une grosse modification de l’ADN au cours du temps, mais peut-être à ces épimutations. Cela n’explique pas d’ailleurs l’évolution de l’espèce au cours des millions d’années si, par exemple, on suppose que nous descendons tous du poisson. Dans cette lente évolution, il est impossible de mettre en évidence ces modifications à l’échelle d’une vie, tandis que l’épigénétique se propose de retrouver les marques de l’environnement ou des événements de notre vie, sur les gènes de chacun d’entre nous et de façon individuelle.

Les changements peuvent se produire spontanément, et cette modification ne sera pas obligatoirement présente chez les descendants. C’est une découverte importante, parce que les modifications épigénétiques constituent l'un des fondements de la diversité biologique. C’est aussi le monde d’une médecine très individualisée qui s’annonce. Par exemple, parlons du cancer : on sait clairement que c’est souvent une maladie de nos gènes. Chez l’Homme, le nombre de cancers augmente exponentiellement dans les dernières décennies de la vie.
Pourtant, si on essaie de le vérifier en laboratoire et que l’on met des cellules humaines en culture, les modifications spontanées se produisent à un rythme trop lent pour expliquer ce phénomène de vieillissement. C’est donc qu’il y a d’autres mécanismes que l’évolution normale d’une cellule qui provoquent l’apparition des cancers.  Et bien, dans plusieurs types de cancers, on pense que la cause primaire est un phénomène épigénétique. 

Ce qui explique la responsabilité de l’environnement et, en particulier, celle du tabac. Pour comprendre, c’est peut-être un peu caricatural, certains biologistes ont développé une théorie dans laquelle chaque cellule au départ d’un organe passe par un état critique qui serait responsable de son développement futur non uniquement lié à ses gènes et pour cette raison qualifié d'épigénétique. C’est un peu compliqué, mais le préfixe « épi » suggère la notion de réversibilité, ce qui est intéressant, car cela peut rimer avec possibilité de traiter. 

Cette notion d’épigénétique est donc prise très au sérieux, car cela permet même d’envisager de façon très concrète la médecine prédictive sous un angle un peu moins grossier que de vous dire que, si vos parents sont morts du coeur, il faut surveiller le vôtre, ou que, si vous fumez, vous risquez infarctus ou cancer du poumon. 
Il y aura des applications pratiques, car les mécanismes épigénétiques constituent de nouvelles cibles pour la mise au point de médicaments spécifiques. En attendant cette confirmation, nous pouvons déjà reconsidérer notre hérédité et défendre l’idée que nous ne sommes pas que des purs produits de nos gènes.

En pratique, les études sur le stress et le marquage de nos gènes sont passionnantes. On vient de s’apercevoir, dans une étude très sérieuse, qu’un enfant stressé, dans le ventre de sa mère, est plus sujet à de futures crises d’asthme que les autres. On commence à mettre en évidence ces marques de stress sur nos gènes, et il n’est pas idiot de penser que nous pourrons ainsi, avec des tests simples, dans un avenir très proche, mettre un jour en évidence ceux qui risquent de souffrir de dépression et les prendre en charge bien avant les premiers symptômes.

 

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